La Banque du Japon (BOJ) devrait porter son taux d'intérêt directeur à 1% d'ici la fin juin, selon la majorité des économistes interrogés par Reuters, certains anticipant même une hausse dès avril en raison des inquiétudes croissantes concernant l'inflation et la faiblesse du yen.

Il s'agit du premier sondage mené auprès des prévisionnistes depuis la large victoire électorale de la Première ministre Sanae Takaichi le 8 février, un résultat historique pour son Parti libéral-démocrate. Le consensus pour la prochaine hausse de taux s'est ainsi avancé de la fin septembre.

En décembre, la BOJ avait déjà relevé ses taux à 0,75%, un niveau inégalé depuis 30 ans, et avait signalé sa volonté de poursuivre les relèvements, tandis que nombre de ses homologues mondiaux approchent de la fin de leurs cycles de baisse des taux.

Les marchés restent attentifs pour savoir si Takaichi renouvellera ses appels à maintenir des taux bas.

Lors du sondage réalisé du 10 au 18 février, les 76 économistes interrogés ont tous estimé que la BOJ maintiendrait ses taux inchangés lors de sa réunion de mars.

Cependant, 58% d'entre eux, soit 43 sur 74, prévoient que le taux directeur atteindra 1% d'ici fin juin, contre un peu plus d'un tiers en janvier. Parmi les 44 économistes ayant précisé un mois pour la prochaine hausse, juin arrive en tête avec 36%, suivi d'avril (20%) et juillet (34%).

« La BOJ adopte une posture offensive et il est possible que la prochaine hausse intervienne dès avril », estime Marcel Thieliant, responsable Asie-Pacifique chez Capital Economics, même s'il juge juin plus probable.

Kento Minami, économiste principal chez Daiwa Securities, anticipe que la BOJ procèdera à de nouvelles hausses à un rythme relativement soutenu, en raison des risques inflationnistes liés à une politique budgétaire expansionniste et à la dépréciation du yen.  

Après avoir frôlé le seuil psychologique des 160 yens pour un dollar américain en janvier, le yen a repris près de 3% la semaine dernière, sa plus forte progression depuis novembre 2024.

Ce rebond s'explique en partie par les anticipations selon lesquelles la victoire de Takaichi renforcerait sa position pour rejeter des baisses d'impôts plus importantes et des dépenses accrues proposées par l'opposition. Les analystes demeurent toutefois prudents quant aux conséquences budgétaires de l'agenda de Takaichi. 

Dans le sondage, plus de 57% des économistes ayant répondu à une question supplémentaire, soit 19 sur 33, se disent « très » ou « quelque peu » inquiets qu'une suspension de deux ans de la taxe sur la consommation des produits alimentaires et boissons ne pèse sur les finances publiques.

« Il serait difficile de supprimer totalement la réduction de la taxe sur la consommation après deux ans, ce qui entraînerait des risques budgétaires », prévient Atsushi Takeda, économiste en chef de l'Itochu Research Institute.   

Pour contrer une nouvelle faiblesse du yen, deux tiers des répondants, soit 20 sur 29, anticipent une intervention supplémentaire des autorités sur le marché des changes. Parmi eux, 40% estiment que le seuil de 160 yens pour un dollar serait le déclencheur le plus probable.

Par ailleurs, environ 52%, soit 16 sur 31, pensent que les augmentations de salaires lors des négociations de cette année ne dépasseront pas les 5,25% enregistrés l'an dernier. Ce chiffre était de 68% en décembre et 81% en novembre.

La médiane des prévisions de 29 économistes sur les salaires table sur une hausse de 5,2%, contre 5,0% en décembre et 4,9% en novembre.

(Pour d'autres articles issus du sondage économique mondial de Reuters)