La Banque nationale suisse (BNS) devrait maintenir son taux directeur inchangé à zéro pour la deuxième réunion consécutive ce jeudi et jusqu'en 2026, l'inflation évoluant près du bas de sa fourchette cible, selon la majorité des économistes interrogés par Reuters. Le risque d'un retour à des taux négatifs est jugé faible.

Bien que l'inflation ait ralenti à zéro, soit la limite inférieure de l'objectif de 0 à 2 % fixé par la banque centrale, tous les économistes sauf deux sur les quarante sondés par Reuters entre le 3 et le 8 décembre s'attendent à ce que la BNS laisse son principal taux d'intérêt inchangé le 11 décembre. Deux économistes prévoient une baisse à -0,25 %.

Ce large consensus s'explique en partie par les déclarations répétées du président Martin Schlegel, selon lesquelles le seuil pour abaisser les taux en territoire négatif est élevé en raison des « effets secondaires indésirables » et que la BNS interviendrait sur le marché des changes si nécessaire pour garantir la stabilité des prix.

La BNS avait maintenu des taux négatifs pendant sept ans, jusqu'à la mi-2022, pour atténuer les pressions déflationnistes, exacerbées par une monnaie traditionnellement forte, recherchée par les investisseurs et les opérateurs lors de périodes de turbulences sur les marchés.

FAIBLE RISQUE DE TAUX DIRECTEUR NÉGATIF

Une large majorité des économistes interrogés, soit 21 sur 25 ayant fourni des prévisions jusqu'à fin 2026, estiment que le taux directeur restera inchangé. Seuls cinq prévoient une baisse d'un quart de point de pourcentage l'an prochain, contre sept lors de l'enquête de septembre.

Le risque que la BNS adopte un taux directeur négatif est faible pour 14 des 17 économistes ayant répondu à une question distincte, soit plus de 80 %. Il s'agit d'un revirement complet par rapport à l'enquête de juin, où la plupart jugeaient ce risque élevé. Seuls trois économistes estiment désormais que le risque d'un taux négatif demeure important.

« Je pense toujours que l'inflation va repartir à la hausse en 2026, tout en restant dans la fourchette cible de la BNS. Dans cette perspective, il n'est pas nécessaire de réduire davantage les taux », estime Florian Germanier, économiste chez UBS, qui ajoute qu'il existe un risque de voir l'inflation mensuelle passer brièvement en territoire négatif.

« Le principal facteur susceptible d'alimenter des pressions déflationnistes serait le canal des changes », poursuit Germanier. « En cas d'afflux massif vers les valeurs refuges, il est tout à fait possible que le franc suisse s'apprécie temporairement face à l'euro. Ce mouvement pourrait inquiéter la BNS, qui pourrait alors intervenir, mais privilégierait les interventions sur le marché des changes. »

La banque centrale a intensifié ses interventions sur le marché des devises en avril pour contrer la flambée du franc, valeur refuge, après que les États-Unis, sous la présidence de Donald Trump, ont imposé de lourds droits de douane à leurs partenaires commerciaux, dont la Suisse, frappée par un tarif de 39 %, l'un des plus élevés décidés par Washington.

Depuis, la devise s'est largement stabilisée, progressant de 0,4 % en novembre, ce qui a permis à la BNS d'accroître ses réserves à leur plus haut niveau depuis février. Une autre enquête Reuters sur les changes, menée plus tôt ce mois-ci, prévoit que le franc s'appréciera de 0,8 % face à l'euro pour atteindre 0,945 dans un an.

« Nous n'avons jamais anticipé de taux négatifs... mais si le consensus et les marchés n'attendent plus de nouvelles baisses de taux, cela tient beaucoup à la communication de la BNS. Elle a indiqué qu'elle tolérerait des lectures d'inflation négative à court terme tant que les perspectives d'inflation à moyen terme restent solides », explique Sophie Altermatt, économiste chez Julius Baer.

L'inflation devrait s'établir en moyenne à 0,2 % cette année et 0,4 % l'an prochain, selon l'enquête. L'économie suisse devrait croître de 1,2 % sur les deux années, contre 0,8 % en 2024. Les perspectives de croissance restent inchangées par rapport à l'enquête de septembre, malgré la récente décision américaine d'abaisser les droits de douane sur les importations suisses à 15 %.

La banque centrale a estimé que cette mesure ne constituait pas un « tournant décisif », car seuls 4 % des exportations étaient concernés par la hausse des droits de douane.

« La croissance reste globalement solide, portée en particulier par la consommation intérieure, ce qui montre que ce secteur de l'économie se porte bien », conclut Altermatt.

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