La Banque du Japon (BoJ) envisagera de suspendre la réduction de ses achats d'obligations d'État à partir d'avril 2027, selon des sources proches du dossier. Cette pause dans le processus de « tapering » marquerait un tournant dans son plan de resserrement quantitatif (QT). Cependant, la décision s'annonce serrée, car le conseil des gouverneurs, composé de neuf membres, semble divisé. Certains souhaitent privilégier l'apaisement des marchés, tandis que d'autres estiment nécessaire de ralentir régulièrement les achats pour réduire la taille du bilan massif de la BoJ, ont précisé ces sources. Lors de sa réunion des 15 et 16 juin, la BoJ examinera son plan de réduction des achats d'obligations, qui court jusqu'en mars prochain, et définira une nouvelle stratégie pour l'exercice 2027 et au-delà. Alors qu'aucun changement n'est attendu pour le plan actuel, les acteurs du marché cherchent à savoir si la BoJ continuera de réduire ses achats mensuels après l'exercice 2027 ou si elle maintiendra le rythme d'environ 2 100 milliards de yens (13 milliards de dollars) par mois prévu pour le trimestre janvier-mars 2027. Ayant progressé dans la réduction de son bilan, la banque centrale penche désormais vers une pause dans son « tapering », ont indiqué quatre sources au fait des réflexions de l'institution. Ces sources ont requis l'anonymat, n'étant pas autorisées à s'exprimer publiquement. « La BoJ peut se permettre de suspendre la réduction de ses achats, car ses avoirs diminueront de manière significative par le simple effet de l'arrivée à échéance des obligations en portefeuille », a déclaré l'une des sources, un point de vue partagé par les trois autres. La BoJ pourrait abandonner la pratique consistant à définir un plan de réduction annuel au profit d'un dispositif à durée indéterminée, s'engageant à maintenir ses achats à 2 100 milliards de yens par mois. Outre la décision sur le resserrement quantitatif, la BoJ devrait également relever son taux directeur à court terme de 0,75 % à 1 % lors de la réunion de la semaine prochaine. DIVERGENCES AU SEIN DU CONSEIL SUR LE RESSERREMENT QUANTITATIF La réduction des avoirs obligataires de la BoJ, qui s'élèvent actuellement à environ 530 000 milliards de yens, a débuté en 2024 sous l'égide du gouverneur Kazuo Ueda. Cette mesure s'inscrit dans le cadre de la normalisation de la politique monétaire après des décennies de taux d'intérêt ultra-bas. Actuellement, l'institution réduit ses achats mensuels de 200 milliards de yens chaque trimestre. L'augmentation de la dette et la volatilité des rendements compliquent la tâche des banques centrales mondiales, qui s'efforcent de réduire des bilans gonflés par des années d'achats massifs d'actifs destinés à relancer leurs économies. La BoJ détient toujours 49 % de l'ensemble des obligations d'État japonaises (JGB) en circulation, ce qui rend chacune de ses décisions cruciale pour les rendements et le coût du financement de l'énorme dette publique du Japon. Qu'il y ait « tapering » ou non, l'arrivée à échéance des JGB signifie que les avoirs obligataires de la BoJ devraient diminuer jusqu'à 50 000 milliards de yens par an. Déjà, son portefeuille a fondu de près de 20 % par rapport au pic atteint fin 2023. La BoJ a déclaré que son plan de resserrement quantitatif visait à réduire son contrôle sur les rendements sans provoquer de volatilité excessive sur un marché qui risque de manquer d'acheteurs pour combler le vide laissé par la banque centrale. La semaine dernière, Kazuo Ueda a souligné que la BoJ devait veiller à maintenir la stabilité du marché obligataire, signalant ainsi sa volonté d'éviter des fluctuations brutales des rendements. Hajime Takata, membre du conseil et ancien stratège obligataire, a averti en février que la réduction des achats de la BoJ pourrait mettre sous pression un marché déjà saturé par l'offre. Toutefois, une pause dans le « tapering » n'est pas encore acquise, certains membres du conseil ayant exprimé leur préférence pour une réduction constante du bilan. Parmi eux figure Naoki Tamura, ancien banquier, qui s'était opposé en juin dernier à la décision de réduire les achats de 200 milliards de yens par trimestre pour l'exercice 2026, préconisant plutôt une réduction de 400 milliards de yens. Dans un discours prononcé plus tôt ce mois-ci, Junko Koeda, également membre du conseil, a affirmé que la BoJ devait « progresser de manière constante » dans la normalisation de son bilan, considérant l'ampleur de ses avoirs obligataires comme un « facteur essentiel » de cette démarche. (1 dollar = 160,2000 yens)