Le syndicat de Samsung Electronics prévoit d'entamer jeudi une grève massive de 18 jours après l'échec des négociations avec la direction sur le versement de primes. L'attention se porte désormais sur l'éventuelle émission par le gouvernement d'une ordonnance d'arbitrage d'urgence.

Quelque 48'000 personnes prévoient de cesser le travail, ce qui pourrait avoir des conséquences majeures pour l'économie sud-coréenne et l'approvisionnement mondial en puces mémoire. Le gouvernement a signalé ce week-end qu'une telle mesure était envisageable.

Voici les points essentiels à retenir concernant cette potentielle ordonnance :

QUELLES SONT LES DÉCLARATIONS DES AUTORITÉS ?

Un responsable du gouvernement sud-coréen a déclaré mercredi que l'évocation d'un arbitrage d'urgence était prématurée et qu'il restait encore du temps pour le dialogue.

Le gouvernement est perçu comme favorable aux syndicats, le président Lee Jae Myung étant un ancien jeune travailleur blessé en service.

Toutefois, M. Lee a affirmé mercredi qu'un certain syndicat 'dépassait les bornes' en réclamant une part du résultat opérationnel de l'entreprise avant même le paiement de l'impôt sur les sociétés.

'Le rôle du gouvernement est d'intervenir lorsque quiconque franchit la limite, afin de s'assurer que chacun agisse de manière responsable dans l'intérêt de la collectivité', a-t-il déclaré lors d'un conseil des ministres.

EN QUOI CONSISTE L'ORDONNANCE D'URGENCE ?

Une ordonnance d'arbitrage d'urgence n'a été invoquée qu'à quatre reprises dans l'histoire moderne de la Corée du Sud. Elle suspend une grève pendant 30 jours et impose aux deux parties de poursuivre les négociations sous la médiation de la Commission nationale des relations de travail.

Le gouvernement peut recourir à une telle mesure s'il estime qu'une grève causerait un 'préjudice important à l'économie nationale'.

Si la commission juge que la médiation a échoué, l'étape suivante est un processus d'arbitrage mené par un panel distinct qui entendra les deux parties avant de rendre une décision contraignante.

Toute personne refusant de s'y conformer s'expose à une peine allant jusqu'à deux ans de prison ou à une amende de 20 millions de wons (13'300 dollars).

La dernière fois que cette mesure a été appliquée remonte à 2005, lorsque les pilotes de Korean Air avaient cessé le travail avant d'accepter un compromis sur une hausse salariale après quatre jours.

QUEL EST L'IMPACT POTENTIEL D'UNE GRÈVE CHEZ SAMSUNG ?

Samsung représente près d'un quart des exportations du pays. C'est également le plus grand fabricant mondial de puces mémoire, et des perturbations de production pourraient entamer l'offre mondiale alors que l'essor de l'IA a déjà provoqué des pénuries.

Dans le pire des scénarios, la grève pourrait amputer de 0,5 point de pourcentage la croissance de 2,0% prévue pour l'économie sud-coréenne cette année, selon un responsable de la banque centrale du pays ayant requis l'anonymat.

Les autorités sud-coréennes ont également précisé qu'une interruption majeure de la production chez Samsung Electronics se traduirait par des pertes quotidiennes allant jusqu'à 1'000 milliards de wons (665 millions de dollars) pour l'entreprise.

POURRAIT-IL Y AVOIR DES RÉPERCUSSIONS POLITIQUES ?

Les Sud-Coréens se rendront aux urnes le 3 juin pour élire les maires et les gouverneurs du pays, et la grève pourrait faire basculer les districts indécis. Actuellement, les libéraux de M. Lee sont pressentis pour l'emporter.

Les libéraux craignent de perdre les voix des travailleurs, leur base de soutien traditionnelle. M. Lee souhaite également séduire la province modérée du Gyeonggi, dont l'économie a prospéré grâce aux dizaines de milliers d'employés des installations de Samsung qui s'y trouvent.

Le syndicat de Samsung, créé il y a seulement deux ans, n'est affilié à aucune des grandes fédérations syndicales de Corée du Sud, mais certains syndicats plus anciens et plus militants ont promis d'agir par solidarité.

(1 $ = 1'504,9000 wons)