Au premier trimestre, la demande totale d’or, en incluant le marché de gré à gré, a progressé de 2% sur un an, pour atteindre 1 231 tonnes. Une hausse modeste en volume. Mais avec l’envolée exceptionnelle du prix de l’or, cette demande représente désormais 193 MrdsUSD. Un record absolu. Autrement dit, le monde n’a pas acheté beaucoup plus d’or qu’avant. Mais il l’a acheté beaucoup plus cher.

Cours de l'or
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Le moteur principal de ce mouvement, ce sont les lingots et les pièces

La demande de lingots et de pièces d’or a atteint 474 tonnes au premier trimestre, en hausse de 42% sur un an. C’est le deuxième meilleur niveau trimestriel jamais enregistré. Car derrière ces achats, on ne parle pas seulement de bijoux ou de traditions. On parle d’investissement pur, c’est-à-dire, des particuliers, d’épargnants, d’investisseurs qui veulent détenir de l’or tangible, physique, directement accessible.

Et ce sont surtout les investisseurs asiatiques qui ont alimenté cette ruée selon les données du World Gold Council.

Les mouvements sur le segment des bijoux sont aussi intéressants : Avec des prix de l’or qui ont flambé, la demande en volume reste logiquement sous pression. Les achats de bijoux ont reculé de 23% sur un an. Quand le métal devient très cher, les consommateurs achètent moins de grammes.

Mais ce n’est qu’une moitié de l’explication. Car dans le même temps, les dépenses consacrées aux bijoux en or ont augmenté de 31%. Autrement dit, les volumes baissent, mais la valeur des achats monte.

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Les ETF restent acheteurs, mais moins qu’en 2025

Même dynamique du côté des ETF adossés à l’or. Les achats se sont poursuivis au premier trimestre, avec 62 tonnes supplémentaires. C’est positif. Mais le rythme est nettement inférieur à celui du très fort premier trimestre 2025, où les ETF avaient absorbé 230 tonnes. Pourquoi ce ralentissement ? Principalement à cause d’importantes sorties de fonds des ETF américains en mars.

Autre pilier du marché : les banques centrales. Elles ont acheté 244 tonnes d’or en termes nets au premier trimestre, soit +3% sur un an. Et cela malgré une nette augmentation des ventes au cours du trimestre. C’est l’un des grands changements de ces dernières années : la demande d’or ne repose plus seulement sur les bijoux ou les investisseurs privés. Elle repose aussi sur les institutions monétaires.

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Les pays qui possèdent le plus d'or en réserve
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La suite dépendra d’un équilibre délicat.

D’un côté, l’inflation encore élevée continue de soutenir l’or. Quand les prix montent, les investisseurs cherchent des actifs capables de préserver leur pouvoir d’achat. Et dans l’imaginaire financier mondial, l’or reste l’un des grands refuges contre l’érosion monétaire. C’est ce qui explique une partie de l’appétit des investisseurs et des banques centrales : dans un monde où les devises peuvent perdre de leur valeur réelle, le métal jaune conserve une fonction de protection.

Mais de l’autre côté, les taux d’intérêt directeurs compliquent l’équation. L’or ne verse ni coupon, ni dividende, ni rendement. Quand les banques centrales maintiennent des taux élevés, les obligations, les fonds monétaires ou les dépôts redeviennent plus attractifs. Le coût d’opportunité de détenir de l’or augmente : pourquoi immobiliser son capital dans un actif qui ne rapporte rien, quand des placements sans risque offrent un rendement positif ?

C’est donc tout le paradoxe actuel du marché. L’inflation pousse vers l’or. Les taux élevés peuvent freiner l’or. Et entre les deux, les investisseurs arbitrent.

Le troisième élément, c’est le niveau déjà très élevé du cours. Avec un prix moyen trimestriel de 4 873 USD l'once (31,10g) et un pic historique à 5 600 USD en janvier, l’or n’est plus un actif “bon marché”. Cette envolée renforce son attractivité pour ceux qui y voient une tendance durable, mais elle fragilise aussi la demande la plus sensible au prix, notamment la bijouterie. C’est exactement ce que l’on observe : les volumes de bijoux reculent de 23%, même si les dépenses progressent de 31%.

Autrement dit, l’or est aujourd’hui dans une zone paradoxale : il brille parce que le monde est incertain, mais il est déjà cher parce que tout le monde le sait.

Les perspectives du World Gold Council sont les suivantes : La géopolitique demeure un facteur déterminant dans nos perspectives concernant la demande d'or en 2026. Nous maintenons que les investissements et la demande des banques centrales seront soutenus par la persistance des risques géopolitiques, et que l'inflation élevée et le maintien de prix de l'or élevés stimuleront davantage les investissements. La demande de bijoux restera sous pression pour des raisons similaires, même si les dépenses devraient rester soutenues.”