L'Europe débat depuis longtemps d'un emprunt commun visant à créer un instrument de référence capable de rivaliser avec les bons du Trésor américains. Toutefois, certaines nations, l'Allemagne et les Pays-Bas en tête, s'y opposent, redoutant que leurs contribuables ne finissent par payer pour l'irresponsabilité budgétaire d'autres États.
L'absence d'un tel actif maintient l'architecture financière de l'Union dans un état incomplet, ce qui se traduit par des coûts d'emprunt plus élevés et une compétitivité moindre. Cette situation pousse la Banque centrale européenne à plaider avec une force croissante pour un changement de paradigme politique.
'Un alignement rare de conditions économiques, géopolitiques et institutionnelles plaide désormais de manière irréfutable en faveur de l'émission d'un actif sûr européen commun', a affirmé Patsalides, dont le pays assure la présidence tournante de l'UE, dans une tribune libre.
Patsalides, qui siège également au Conseil des gouverneurs de la BCE, soutient qu'un tel instrument permettrait de réduire les coûts et d'apporter l'effet d'échelle nécessaire au financement d'initiatives communes, telles que les transitions écologique et numérique, les programmes d'intelligence artificielle, la défense, la prévention sanitaire ou la sécurité énergétique.
En réalité, l'émission d'une dette commune instaurerait un cercle vertueux aux retombées profondes.
Un actif sûr de grande ampleur fournirait une référence de prix, une base de collatéral et un réservoir de liquidité, autant de conditions sine qua non au bon fonctionnement d'un marché des capitaux. Cela favoriserait ensuite la mobilisation de l'importante épargne des ménages européens vers des investissements productifs.
'Un marché des capitaux européen plus profond et plus liquide, ancré par un actif de référence commun, faciliterait la constitution de pools de capitaux institutionnels plus vastes, soutiendrait l'investissement à long terme et abaisserait les coûts de financement transfrontaliers', a-t-il précisé.
Selon lui, cela renforcerait également le rôle international de l'euro et l'autonomie du bloc, les monnaies de réserve nécessitant une masse critique et des marchés profonds d'actifs sûrs et liquides.
La meilleure approche pour rendre ce mécanisme opérationnel consisterait à dissocier l'émission des dépenses : la première créerait le marché de l'actif sûr, tandis que les secondes déploieraient les capitaux vers les objectifs communs, a conclu Patsalides.





















