L'envolée des valeurs technologiques américaines a rendu les indices larges plus dépendants que jamais de ce compartiment, et donc plus vulnérables en cas de faux pas de ces leaders du marché.

Grâce à des gains spectaculaires au cours des deux derniers mois, le secteur technologique du S&P 500 représente désormais plus de 39% de la capitalisation boursière totale de l'indice de référence, un record historique dépassant le niveau atteint lors de la bulle internet de 2000.

'Si le petit nombre de valeurs technologiques qui ont porté ce marché à la hausse se retourne, par définition, les indices se retourneront aussi', a déclaré Matthew Maley, stratégiste de marché en chef chez Miller Tabak. 'Et lorsque les indices refluent de manière significative, les flux de capitaux s'inversent inévitablement.'

Le déploiement massif d'infrastructures pour soutenir l'explosion attendue de l'intelligence artificielle (IA) a dopé les prévisions de profits des fabricants de semi-conducteurs et d'autres entreprises technologiques, entraînant leurs actions dans leur sillage.

'Il y a clairement une thématique IA omniprésente dans ce qui fonctionne actuellement', souligne Liz Ann Sonders, stratégiste d'investissement en chef au Schwab Center for Financial Research.

Bien que la technologie domine le S&P 500 depuis longtemps, sa récente surperformance a renforcé son emprise. Depuis le point bas du marché en mars dernier, le secteur technologique a bondi de près de 47%, soit plus du double de la progression du S&P 500 sur la période, porté par les semi-conducteurs. Le titre Micron a grimpé de 230% durant cet intervalle, tandis qu'Intel et Advanced Micro Devices ont gagné plus de 160%.

Ce rallye tiré par la tech s'est produit malgré les vents contraires liés à la hausse des prix de l'énergie, sur fond de conflit en Iran, alimentant les craintes inflationnistes et les attentes d'une Réserve fédérale plus restrictive.

Les investisseurs redoutent désormais un déclencheur qui pourrait fragiliser le narratif autour de l'IA.

'Leur performance actuelle... c'est comme conduire une voiture de course à 320 km/h', image Walter Todd, directeur des investissements chez Greenwood Capital. 'Il ne faut pas grand-chose pour provoquer un accident à cette vitesse.'

DES RÉSULTATS PLUS SOLIDES QUE LORS DE LA BULLE DOT-COM ?

Si les actions des semi-conducteurs ont affiché des gains vertigineux, d'autres segments de la tech se sont également bien comportés. Le groupe 'matériel informatique' du S&P 500, qui inclut Dell, Cisco et Apple, progresse de plus de 40% depuis le creux de mars. Le logiciel, malmené au début de l'année 2026 par les craintes de disruption liées à l'IA, remonte de 28%, effaçant une partie de ses pertes.

La thématique de l'IA s'idend au-delà de la seule technologie. Par exemple, en incluant Alphabet, Amazon et Meta Platforms - des mégacaps non classées en technologie mais qui investissent massivement dans les infrastructures d'IA - la part de la valeur de marché du S&P 500 liée à la tech et à l'IA grimpe à plus de la moitié de l'indice. Les secteurs de l'industrie et des services collectifs profitent également de la demande de construction et d'énergie liée au développement de l'IA.

Lundi, la technologie a atteint 39,4% de la capitalisation du S&P 500, au-dessus du niveau de près de 35% de mars 2000, selon LSEG Datastream.

Une distinction majeure subsiste toutefois par rapport à cette époque : des bénéfices plus robustes, selon Bespoke Investment Group. Le secteur technologique génère plus d'un quart du résultat net cumulé sur 12 mois des membres du S&P 500, soit près du double de sa part au premier trimestre 2000, au sommet de la bulle internet.

'Il n'est pas certain que la croissance des bénéfices puisse suivre ce que le marché anticipe, mais en termes de rentabilité, cette récente poussée de la part de capitalisation semble bien plus viable et beaucoup moins déraisonnable que celle qui a culminé il y a un quart de siècle', a indiqué Bespoke dans une note la semaine dernière.

LES SIGNES D'UN RALLYE ETROIT

Ce marché dominé par la tech fait craindre que la hausse ne soit trop étroite et n'entraîne pas suffisamment de titres dans son sillage.

Environ 60% des composantes du S&P 500 s'echangent au-dessus de leur moyenne mobile à 200 jours - une ligne de tendance très surveillée - ce qui est inférieur à la moyenne historique d'environ 73% habituellement observée lorsque l'indice signe de nouveaux records, selon Adam Turnquist, stratégiste technique en chef chez LPL Financial.

Cependant, dans ce marché haussier débuté en octobre 2022, M. Turnquist note qu'en moyenne, 61% de l'indice a coté au-dessus de sa moyenne mobile à 200 jours, soit un niveau proche de l'actuel.

Bien que la largeur du marché soit 'décevante pour un indice qui bat des records... cela est assez caractéristique du marché haussier dans lequel nous nous trouvons', a précisé M. Turnquist.

Un autre signe de cette concentration est la performance du S&P 500, influencé par les fortes capitalisations, qui surpasse sa version équipondérée, considérée par beaucoup comme le baromètre de l'action moyenne de l'indice. Vendredi, le S&P 500 affichait sa plus forte surperformance par rapport à son homologue équipondéré sur une période de neuf semaines depuis 1990, selon les données de LSEG Datastream.

Cette force relative 'signifie que les plus grandes entreprises génèrent des rendements bien plus élevés que l'entreprise moyenne', explique David Lefkowitz, responsable des actions américaines chez UBS Global Wealth Management.

La banque conseille à ses clients de s'assurer qu'ils ne sont pas trop exposés aux gagnants des dernières années, a ajouté M. Lefkowitz.

'Nous pensons que le mouvement sur l'IA a encore du potentiel, mais nous estimons aussi que c'est l'occasion de rééquilibrer les portefeuilles pour s'assurer qu'ils ne comportent pas trop de risques', a-t-il conclu.