Aux prises avec un cours du nickel déprimé depuis que les ventes de véhicules électriques ralentissent, pris en otage tant par la mainmise des raffineurs chinois en Indonésie que par la dégradation des conditions d'exploitation en Nouvelle-Calédonie, et surpris par le soudain ban des exportations de manganèse du Gabon, Eramet affronte aussi une crise de gouvernance révélée par le limogeage en février dernier de son directeur général et de son directeur financier.

Officiellement, le style de management des intéressés n'était pas assez transparent ni collégial. Officieusement, circule la rumeur qu'ils auraient tiré une ligne de crédit bancaire sans l'aval du conseil d'administration. Informellement, les échos recueillis par notre équipe de journalistes parlent d'un conflit ouvert entre les anciens dirigeants et la famille Duval, les premiers exigeant des cessions d'actifs pour renflouer les caisses, les seconds s'opposant à cette mesure.

On apprenait ce matin que la famille Duval, premier actionnaire du groupe et pilier de son capital aux côtés de l'État français - décidément rarement dans les bons coups - souhaite jeter l'éponge et se retirer. La famille tente ainsi de limiter la casse à la veille d'un refinancement nécessaire, en envoyant le signal qu'elle cherche un repreneur stratégique plutôt que de laisser une augmentation de capital à laquelle elle ne compte pas participer la ruiner.

Sans restructuration profonde en amont, le sauvetage d'Eramet était mission impossible depuis le départ. Sur les dix dernières années, le groupe a connu six exercices de cash flows négatifs, dont quatre très profondément dans le rouge. Ses distributions de dividendes furent donc sporadiques et inégales, tandis que la dette nette augmentait et que la charge d'intérêt quadruplait sur la période.

La direction d'Eramet a un temps - et à raison - blâmé l'Union européenne pour son manque d'accompagnement au secteur minier du vieux continent. Si l'expérience des dernières décennies a rappelé quelque chose - car il ne s'agit pas d'une nouveauté - c'est que les groupes miniers ne peuvent guère prospérer sans une politique active de soutien de leurs gouvernements, tant sur le plan domestique qu'international. 

Ce paradigme a été illustré et même magnifié par la Chine, devenue un leader mondial dans la production de batteries et le raffinage de terres rares à l'impulsion directe de Pékin. L'empire du Milieu s'est ainsi forgé un levier stratégique et industriel unique et non réplicable, qu'avec un sérieux retard à l'allumage les États-Unis tentent désormais d'émuler. En revanche, silence radio et attentisme toujours de mise du côté européen.

Chez Eramet, à part un repreneur chinois justement, on voit mal qui pourrait faire office de chevalier blanc vu la distribution géographique du portefeuille d'actifs du groupe. Le bon accueil réservé par le marché à l’annonce de volonté de retrait de la famille Duval laisse entendre que des discussions ont déjà atteint un niveau avancé. L'Etat français sera bien sûr à compter parmi les parties prenantes avec leur mot à dire.

Après la publication des articles du Financial Times et de Zonebourse, Eramet a tenu à réagir en ces termes : 

"Suite aux rumeurs concernant les intentions de ses actionnaires ou la gestion de leurs participations, Eramet rappelle que ses actionnaires de référence se sont engagés à voter en faveur des résolutions nécessaires à l’augmentation de capital de 500 millions d’euros, comme annoncé le 18 février.

Eramet prépare actuellement cette augmentation de capital afin d’en assurer la bonne réalisation. La décision de la famille Duval de nommer un conseiller financier constitue une pratique standard dans le cadre d’une augmentation de capital stratégique pour le Groupe et ne préjuge pas des intentions finales des actionnaires.

Eramet, avec le soutien de ses actionnaires de référence, reste pleinement mobilisé pour assurer le succès de cette augmentation de capital, dans le meilleur intérêt de l’entreprise. Toute nouvelle information significative sera communiquée au marché."