UN CHOC AU "PIRE MOMENT POSSIBLE" Défiant le récit de Milei en tant que pourfendeur de linflation, la hausse mensuelle des prix stagne autour de 3 % depuis neuf mois, soit environ 33 % en rythme annuel. Les prévisionnistes privés relevaient déjà leurs estimations pour 2026 avant la flambée du brut en février. "Le choc iranien survient au pire moment possible pour le programme désinflationniste de Milei", estime Mariano Machado, analyste Amériques chez Verisk Maplecroft.
Les prix de lessence en Argentine ont progressé denviron 15 % en moyenne depuis la fin février, selon Fernando Bazan, analyste énergie au cabinet Abeceb. Cela rend lobjectif de Milei de ramener linflation mensuelle sous la barre des 1 % dici le milieu de lannée de plus en plus hors de portée. Au cours de la semaine écoulée, les autorités ont assoupli les normes de qualité des carburants et reporté une hausse des taxes, bien que Bazan juge limpact de ces mesures limité.
Une source gouvernementale argentine a confié à Reuters quaucune autre mesure nétait envisagée et que les subventions à lénergie devaient rester plafonnées à 0,5 % du PIB cette année pour respecter les objectifs budgétaires.
Au cœur du dilemme se trouve la compagnie nationale YPF, qui domine le march&é argentin et a jusquà présent relevé ses prix avec plus de prudence que les références mondiales.
"Si le pétrole atteint 120 ou 150 dollars le baril, les actionnaires dYPF feront pression sur la direction pour maximiser les rendements", explique la conseillère financière Paula Bujia. Malgré des assurances répétées sur le caractère transitoire des pressions inflationnistes, YPF a instauré mercredi soir un gel des prix de lessence pour 45 jours, visant à protéger les ménages de la volatilité des marchés mondiaux.
"Pendant cette période, YPF ne répercutera pas limpact des nouvelles fluctuations du Brent sur les consommateurs", a déclaré le directeur général Horacio Marin aux médias locaux, précisant quil ne sagissait pas dun "plafonnement" mais dun maintien des prix constants. La position de lArgentine est structurellement plus solide quil y a dix ans. Le développement de la formation de schiste de Vaca Muerta a transformé un déficit énergétique de près de 7 milliards de dollars en 2013 en un excédent. Pourtant, le pays reste dépendant des importations de gaz naturel lors des pics de demande hivernaux, qui débutent en juin.
Lexpérience des autres pays de la région souligne les risques politiques pour Milei. Au Chili, les hausses de carburant ont déjà déclenché des manifestations, entamant la popularité du président récemment investi, Jose Antonio Kast.
"Un choc des prix du carburant frappe un électorat sans marge de manœuvre financière, transformant le malaise économique en grief politique", analyse Machado. Un mécontentement qui pourrait "servir de ciment" à une opposition argentine fragmentée en vue de la course présidentielle de 2027.

















