La France prévoit d'allouer 36 milliards d'euros supplémentaires à ses dépenses de défense d'ici 2030, dans le cadre d'une actualisation de sa loi de programmation militaire visant à élargir son arsenal nucléaire et à renforcer ses stocks de missiles et de drones.

Cette augmentation, proposée en dépit de l'un des déficits budgétaires les plus importants de la zone euro, reflète les pressions croissantes en matière de sécurité nées des guerres en Ukraine et au Moyen-Orient, ainsi que l'incertitude grandissante quant aux engagements des États-Unis envers l'OTAN sous la présidence de Donald Trump.

La révision de la loi 2024-2030 porterait l'effort de défense à 2,5 % du PIB d'ici la fin de la décennie, contre environ 2 % actuellement, le budget annuel devant atteindre 76,3 milliards d'euros en 2030, soit près du double de son niveau de 2017.

"Le basculement profond et brutal des équilibres géopolitiques mondiaux nous impose d'aller plus fort et plus vite", a écrit la ministre de la Défense Catherine Vautrin dans une synthèse du projet de loi publiée mercredi. "La France a pris acte du basculement du monde vers une conflictualité durable et multidimensionnelle."

RENFORCEMENT DE LA DISSUASION NUCLÉAIRE FRANÇAISE

Si la France respecte l'objectif de 2 % fixé par l'OTAN, l'éventail des engagements de défense qu'elle finance est plus large que celui de la plupart de ses alliés, allant de l'arsenal nucléaire au porte-avions. Parallèlement, elle ambitionne de ramener son déficit budgétaire d'environ 5 % du PIB au plafond européen de 3 % d'ici 2029.

Au coeur de cette actualisation figure le renforcement de la dissuasion nucléaire, annoncé par le président Emmanuel Macron en mars, lorsqu'il a également ouvert la porte à l'accueil d'aéronefs de partenaires européens pour des missions de dissuasion nucléaire françaises.

Le projet de loi propose une augmentation du nombre de têtes nucléaires, tout en maintenant les dépenses liées aux armes nucléaires à environ 13 % du budget global de la défense.

La France consacre environ 5,6 milliards d'euros par an à l'entretien de son stock de 290 armes lancées par sous-marins ou par voie aérienne, ce qui constitue le quatrième arsenal mondial.

La guerre menée par la Russie en Ukraine a mis en lumière des lacunes majeures dans les arsenaux des alliés de l'OTAN, pénuries que le conflit au Moyen-Orient a aggravées. Le texte augmente ainsi nettement les investissements dans les capacités conventionnelles.

Une enveloppe supplémentaire de 8,5 milliards d'euros sera fléchée vers la reconstitution des stocks d'obus d'artillerie, d'intercepteurs de défense aérienne et de missiles de longue portée.

Le projet souligne également l'importance des capacités de frappe dans la profondeur, avec le lancement d'études pour un nouveau missile balistique conventionnel d'une portée allant jusqu'à 2 500 km, parallèlement à la modernisation des missiles de croisière.

La défense sol-air et antimissile bénéficiera d'un financement additionnel de 1,6 milliard d'euros pour accélérer la livraison des systèmes SAMP/T NG, coproduits avec l'Italie, et développer les capacités de lutte anti-drone sur terre, en mer et autour des infrastructures critiques.

La guerre des drones et la robotique recevront 2 milliards d'euros supplémentaires, incluant l'extension des capacités navales et MALE (moyenne altitude, longue endurance), dans l'optique de remplacer les drones Reaper de fabrication américaine d'ici 2035, ainsi que des robots capables de plonger dans les grands fonds marins.

Soulignant les préoccupations relatives à la dépendance de l'Europe vis-à-vis des États-Unis pour sa sécurité, la France prévoit aussi de développer un système d'alerte avancée capable de détecter les lancements de missiles.

Ce dispositif comprendrait des radars au sol et un projet de satellite européen de détection infrarouge à l'horizon 2035.