La Norvège lève l'interdiction faite à son fonds souverain de 2 200 milliards de dollars d'investir dans les obligations d'Etat syriennes, un nouveau signe de la réintégration du pays du Moyen-Orient dans la finance mondiale après l'incarcération de l'ancien président syrien Bachar al-Assad.

Parallèlement, le pays nordique prévoit d'interdire au plus grand fonds souverain au monde d'investir dans les obligations d'Etat iraniennes, une mesure qui revêt un caractère symbolique compte tenu des lourdes sanctions pesant déjà sur l'Iran.

Cette décision, révélée dans un document gouvernemental jusqu'alors confidentiel, témoigne d'un soutien au gouvernement du président syrien Ahmed al-Sharaa, arrivé au pouvoir fin 2024.

M. Al-Sharaa s'efforce de reconstruire les institutions de l'Etat, l'économie et le commerce international après plus d'une décennie de guerre, de sanctions et d'isolement financier. Les sanctions américaines les plus strictes ont été levées en décembre.

UN INVESTISSEUR DE PREMIER PLAN

Le fonds souverain norvégien réinvestit les revenus de l'Etat issus de la production de pétrole et de gaz dans des actions, des obligations, de l'immobilier et des projets d'énergies renouvelables à l'étranger.

Actuellement, 26,5 % de ses investissements sont détenus en titres à revenu fixe, principalement aux Etats-Unis, au Japon et en Allemagne.

Le gouvernement norvégien interdit au fonds d'investir dans certaines obligations souveraines. Or, cette liste évolue, selon un document interne transmis à Reuters suite à une demande d'accès à l'information.

"Le Ministère ... a informé qu'une nouvelle évaluation a été réalisée concernant les Etats visés par l'exemption relative aux obligations d'Etat", indique le compte rendu d'une réunion du 28 janvier entre le ministère des Finances et l'organe de surveillance éthique du fonds.

"L'Iran est inclus dans la liste des pays visés par l'exemption sur les obligations d'Etat, et la Syrie en est retirée."

Le dernier rapport annuel du gouvernement sur le fonds, présenté au Parlement le 27 mars et qui doit encore faire l'objet d'un débat, indique que la liste actuelle d'exclusion des obligations d'Etat concerne l'Iran, la Corée du Nord, la Russie et la Biélorussie.

En revanche, le rapport de 2025 précisait que la liste d'exclusion visait la Corée du Nord, la Syrie, la Russie et la Biélorussie.

Les deux rapports soulignent que le gouvernement procède à des évaluations régulières de la liste d'exclusion en fonction des sanctions internationales en vigueur.

Le ministère des Finances n'a pas répondu immédiatement à une demande de commentaire.

SIGNAL DE SOUTIEN

La réintégration de la Syrie dans le système financier mondial comprend la réactivation du compte de la banque centrale auprès de la Federal Reserve Bank de New York pour la première fois depuis 2011, ouvrant la voie à l'extension des relations bancaires internationales dans le but d'attirer les investissements étrangers et de reconstruire l'économie après 14 ans d'une guerre dévastatrice.

La décision de la Norvège ne signifie pas automatiquement que son fonds souverain investira dans la dette syrienne. Le fonds ne détient aucun titre à revenu fixe dans les pays du Moyen-Orient, selon les données du fonds. Toutefois, cette décision signale un certain soutien aux politiques du gouvernement Al-Sharaa.

Le fonds figure parmi les plus grands investisseurs mondiaux et ses décisions sont souvent suivies par d'autres acteurs, à l'instar de sa décision de se désengager des entreprises tirant 30 % ou plus de leurs revenus de la production de charbon.

Le gestionnaire du fonds, Norges Bank Investment Management, n'a pas répondu immédiatement à une demande de commentaire.