Avec une valorisation de 1 770 milliards de dollars, SpaceX s’apprête à réaliser la plus importante introduction en Bourse de l’histoire. De quoi attirer l’attention des investisseurs qui rêvaient depuis des années de pouvoir acheter une part de l’empire d’Elon Musk.

Mais à la lecture du dossier d’introduction, une surprise apparaît rapidement : SpaceX ne se présente plus uniquement comme un acteur de l’aérospatial. L’entreprise est désormais structurée autour de trois activités distinctes qui redessinent complètement son profil.

Plus qu’un constructeur de fusées

L’espace reste évidemment le cœur historique de SpaceX. Falcon 9, Falcon Heavy, Dragon et bientôt Starship continuent de constituer le socle du groupe. Avec plus de 80% de la masse mondiale mise en orbite, l’entreprise domine largement son marché.

Pour autant, les fusées ne représentent plus la seule source de croissance. Starlink est devenu un pilier essentiel de l’activité avec plus de 10 millions d’abonnés répartis dans 164 pays. En 2025, la connectivité a généré plus de 11 milliards de dollars de revenus, soit davantage que les activités spatiales traditionnelles.

Cette évolution montre que SpaceX n’utilise plus seulement l’espace comme une destination, mais comme une infrastructure capable de soutenir un écosystème beaucoup plus vaste.

L’intelligence artificielle au centre du projet

La véritable nouveauté du dossier concerne toutefois l’intelligence artificielle. Après l’intégration de xAI et de la plateforme X, SpaceX regroupe désormais les modèles Grok, les centres de données COLOSSUS ainsi que les infrastructures nécessaires à leur fonctionnement.

Cette réorganisation transforme profondément la nature de l’entreprise. Un investisseur qui achète une action SpaceX n’investit plus seulement dans des lanceurs ou des satellites, mais également dans des modèles d’IA, des infrastructures de calcul et un réseau social mondial.

Ce changement est visible dans les chiffres avancés par l’entreprise. Sur un marché adressable total estimé à 28,5 billions de dollars, près de 26,5 billions sont attribués aux opportunités liées à l’intelligence artificielle, loin devant l’espace (370 milliards) ou la connectivité (1,6 billion).

Une ambition qui dépasse largement l’orbite terrestre

Les projets présentés aux investisseurs illustrent cette nouvelle direction. Starship doit permettre de réduire drastiquement le coût d’accès à l’espace afin de déployer davantage de satellites et d’étendre les capacités de Starlink.

Plus ambitieux encore, SpaceX prévoit le développement de centres de données en orbite à partir de 2028. L’objectif est d’utiliser l’énergie solaire disponible en permanence dans l’espace pour alimenter les besoins croissants de l’intelligence artificielle.

À cela s’ajoute un partenariat avec Tesla et Intel destiné à développer ses propres puces d’IA. Fusées, satellites, connectivité, centres de données, modèles d’intelligence artificielle et semi-conducteurs : Elon Musk cherche progressivement à maîtriser l’ensemble de la chaîne de valeur.

Au fond, l’introduction en Bourse de SpaceX ne pose peut-être pas la question de la valeur d’une entreprise spatiale. Elle interroge plutôt la capacité d’Elon Musk à construire une infrastructure mondiale mêlant espace, connectivité et intelligence artificielle dans un seul et même groupe.