La République centrafricaine a accepté d'accueillir des migrants originaires d'autres pays expulsés par les États-Unis, ont déclaré deux sources proches du dossier. Il s'agit du dernier exemple en date d'accords conclus par l'administration Trump avec des États africains pour accélérer les reconduites à la frontière. Washington a déjà envoyé des expulsés dits 'de pays tiers' vers des nations africaines, notamment la République démocratique du Congo, le Ghana, la Sierra Leone et la Guinée équatoriale, dans le cadre d'accords opaques qui, selon les sénateurs démocrates, ont coûté des dizaines de millions de dollars. Dans de nombreux cas, les expulsés avaient obtenu des protections juridiques auprès des tribunaux de l'immigration aux États-Unis contre leur rapatriement. Toutefois, les organisations de défense des droits de l'homme affirment que ces accords avec des pays tiers permettent aux États-Unis de contourner ces protections.

ACCORD DISCUTÉ AVEC UNE DÉLÉGATION AMÉRICAINE Washington a défendu la légalité de ces expulsions. L'accord avec la République centrafricaine a été discuté lors d'une réunion le 18 mai à Bangui avec une délégation américaine dirigée par Christian Jové Ehrhardt, sous-secrétaire adjoint au Bureau de la population, des réfugiés et des migrations du Département d'Etat, a déclaré à Reuters un responsable du gouvernement centrafricain. 'La République centrafricaine accueillera en effet, dans le cadre d'accords avec les États-Unis, des immigrés expulsés par les autorités américaines', a déclaré ce responsable, qui a requis l'anonymat. Un diplomate basé dans la région, s'exprimant également sous le couvert de l'anonymat, a aussi confirmé qu'un accord avait été conclu.

CALENDRIER DES PREMIERS VOLS INCERTAIN La République centrafricaine a subi des cycles répétés d'instabilité depuis son indépendance de la France en 1960, laissant la majeure partie de ses 5,5 millions d'habitants dans la pauvreté. Le président Faustin-Archange Touadéra, qui a remporté un troisième mandat lors d'une élection tenue en décembre dernier, s'est tourné vers la Russie pour un soutien en matière de sécurité, bien qu'il ait également signalé un regain d'intérêt pour les partenariats occidentaux concernant les minerais critiques. Ni la source gouvernementale centrafricaine ni le diplomate basé dans la région n'ont fourni de détails sur le nombre de migrants qui seraient envoyés dans le pays, leurs nationalités ou la date de début des vols, bien qu'une décision de justice récente montre que des tentatives ont déjà commencé. 

Le juge de district américain Lee Rosenthal a rendu le 22 mai une ordonnance de suspension temporaire bloquant l'expulsion d'un ressortissant turc, notant que les autorités américaines avaient prévu de transférer cette personne vers la République centrafricaine le 26 mai.

ASSISTANCE AUX EXPULSÉS 

Un responsable de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) a confirmé à Reuters que l'agence participerait à l'assistance des expulsés à leur arrivée en République centrafricaine. 

L'OIM a déjà fourni une assistance à des expulsés de pays tiers ailleurs en Afrique, notamment au Congo. Les États-Unis ont alloué cette année 85 millions de dollars à l'OIM pour ses opérations en République centrafricaine.

Un porte-parole de l'OIM n'a pas immédiatement répondu à une demande de commentaire. La présidence centrafricaine et le Département d'Etat n'ont pas répondu aux sollicitations. Le Département de la Sécurité intérieure a déclaré que tous les expulsés bénéficiaient d'une procédure régulière complète. Il a renvoyé les 'questions sur les détails de l'accord' au Département d'Etat.