Le verdict est tombé au terme d'un long procès, le dernier en date parmi des centaines de poursuites alléguant que les produits de substitution au lait maternel à base de lait de vache d'Abbott peuvent causer l'entérocolite nécrosante (ECN). Les plaintes de quatre familles avaient été regroupées pour cette audience.
Le jury a reconnu la responsabilité de l'entreprise jeudi, accordant 53 millions de dollars de dommages-intérêts compensatoires aux quatre familles. Les jurés se sont réunis à nouveau vendredi pour statuer sur les dommages-intérêts punitifs, fixés à 17 millions de dollars.
Dans un communiqué, Abbott a annoncé son intention de faire appel.
"La science a été ignorée dans cette affaire", a déclaré la société. "Ce verdict, et la poursuite d'une théorie en contradiction avec les régulateurs et la communauté médicale, risque de supprimer des options vitales pour les médecins et les nourrissons les plus vulnérables."
Sean Grimsley, avocat des plaignants, a déclaré après le verdict que celui-ci "révèle la vérité qu'Abbott a cachée au public".
"Aucune somme d'argent ne peut aider ces familles à se remettre de cette terrible maladie, mais le verdict d'aujourd'hui apporte une forme de justice pour des familles qui ont été laissées dans l'ignorance", a ajouté Me Grimsley.
Abbott a soutenu que ses produits sont essentiels pour les prématurés lorsque les mères ne peuvent produire suffisamment de lait maternel. L'entreprise a nié que ses préparations soient à l'origine de l'ECN.
Cette pathologie, qui touche principalement les nouveau-nés prématurés, provoque la nécrose des tissus intestinaux et présente un taux de mortalité estimé à plus de 20%.
Les enfants concernés, nés dans des hôpitaux de la région de Chicago entre 2012 et 2019, ont développé une ECN mais ont survécu, selon les plaintes. Trois d'entre eux ont dû subir une intervention chirurgicale et tous souffrent de séquelles de santé persistantes.
DES CENTAINES D'AUTRES POURSUITES
Près de 1 000 plaintes ont été déposées contre Abbott, fabricant des laits Similac, et Mead Johnson (filiale de Reckitt), fabricant d'Enfamil. Plus de 700 dossiers sont centralisés devant un tribunal fédéral de l'Illinois, tandis que d'autres sont en instance devant les tribunaux d'Etats tels que l'Illinois, le Missouri et la Pennsylvanie.
Les produits en cause sont des préparations à base de lait de vache et des fortifiants pour lait maternel spécialement conçus pour un usage hospitalier, et non les laits infantiles classiques vendus en magasin.
Le groupe Abbott, basé dans l'Illinois, produit également des dispositifs médicaux, des produits de nutrition pour adultes et enfants ainsi que des médicaments.
Les entreprises affirment que si le lait maternel protège contre l'ECN, leurs préparations n'en sont pas la cause, soulignant que les bienfaits du lait maternel sont connus de longue date par les cliniciens.
Le PDG d'Abbott, Robert Ford, a suggéré en 2024 que les produits pour prématurés pourraient devenir indisponibles en raison de ces litiges.
Les agences de régulation américaines et un groupe de travail scientifique réuni par les National Institutes of Health ont indiqué dans un rapport conjoint en 2024 que les preuves actuelles soutiennent l'hypothèse selon laquelle c'est l'absence de lait maternel, plutôt que l'exposition au lait maternisé, qui est associée à une augmentation de l'incidence de l'ECN.
DES RÉSULTATS JUDICIAIRES MITIGÉS
Les entreprises affichent un bilan contrasté dans les rares affaires ayant fait l'objet d'un procès jusqu'aprésent.
En 2024, un jury du comté de St. Clair, dans l'Illinois, a condamné Mead Johnson à verser 60 millions de dollars à la mère d'un prématuré décédé après avoir été nourri avec le lait Enfamil. Quelques mois plus tard, un jury de St. Louis a condamné Abbott à 495 millions de dollars de dommages et intérêts dans une autre affaire. Ces deux verdicts font l'objet d'un appel.
L'American Academy of Pediatrics a déposé un mémoire en soutien à Mead Johnson lors de son appel l'an dernier, affirmant que le lait maternisé fait partie du protocole de soins standard pour les prématurés.
Abbott et Mead Johnson l'ont emporté lors d'un procès devant un tribunal du Missouri en octobre 2024, mais le juge a ordonné un nouveau procès après avoir estimé que les avocats de la défense avaient agi de manière inappropriée. Cette décision est également contestée en appel.
En mars, un juge de Floride a rejeté une affaire d'ECN avant son procès, estimant qu'un avertissement supplémentaire aux médecins de la famille n'aurait pas modifié leur décision d'utiliser le lait maternisé.
Aucune affaire n'a encore abouti à un procès devant un tribunal fédéral, le juge supervisant ces litiges ayant rejeté trois des quatre dossiers sélectionnés comme "tests" (bellwether trials).
Lors du dernier rejet en octobre, le juge a estimé qu'Abbott avait présenté des preuves substantielles sur la nécessité de ces préparations et démontré que l'alternative proposée par les plaignants n'était pas réalisable.



















