Les investisseurs d'Estée Lauder qui espéraient des résultats spectaculaires de la part de Puig, la cible de l'acquisition, ont été déçus mardi, lorsque le groupe espagnol de cosmétiques de luxe a publié sa croissance trimestrielle la plus faible depuis les heures les plus sombres de la pandémie de COVID-19.

Bien que Puig ait maintenu ses prévisions pour l'ensemble de l'exercice, la société a prévenu que la guerre au Proche-Orient pesait sur la demande et que cet impact devrait persister au cours du prochain trimestre. Cet avertissement est crucial pour Estée, qui compte sur la résilience des marges et la solidité des flux de trésorerie de Puig pour soutenir son propre redressement après une baisse prolongée de ses ventes.

Estée est attiré par les marques de mode de Puig, telles que Carolina Herrera et Charlotte Tilbury --très prisées des influenceurs TikTok et des 'millennials' aisés-- et y voit un levier pour mieux rivaliser avec le géant français L'Oréal.

Estée envisage de lancer une offre publique d'achat (OPA) sur l'ensemble des actions de classe B de Puig à un prix compris entre 18 et 19 euros (21-22,20 dollars) par titre, a rapporté Reuters mercredi.

Le nouveau directeur exécutif, José Manuel Albesa, a déclaré mardi que les négociations en vue d'une fusion se poursuivaient.

Toutefois, Puig réalise un dixième de son chiffre d'affaires dans le secteur du 'travel retail', ce qui l'expose aux fluctuations des achats en zone aéroportuaire et des voyages internationaux. De plus, les actionnaires d'Estée ne sont toujours pas convaincus que ce rapprochement réduira de manière significative l'écart avec L'Oréal, d'autant plus qu'Estée poursuit sa restructuration et que la dynamique des ventes reste fragile.

Estée a supprimé 7 000 postes et rationalisé son portefeuille de marques, mais son action a reculé de 1% depuis que les premières informations sur les négociations de fusion ont circulé le 23 mars.

La pression sur le bilan accentue l'inquiétude des investisseurs. La dette nette d'Estée représente près de cinq fois son EBITDA annuel, ce qui limite sa flexibilité financière si cette acquisition majeure ne répondait pas aux attentes. À l'inverse, la dette nette de L'Oréal ne représente que 20% de son EBITDA.

Estée publiera ses résultats du premier trimestre vendredi. Les analystes interrogés par LSEG prévoient une hausse de 3,9% des ventes par rapport à l'an dernier, période où les revenus avaient chuté de 10%, bien que la croissance doive ralentir par rapport au trimestre précédent.

L'ACCORD METTRA À L'EPREUVE L'EXECUTION ET LA DISCIPLINE FINANCIERE

L'Oréal creuse l'écart depuis des années dans le secteur de la beauté de luxe, s'appuyant sur un large portefeuille couvrant les soins de la peau, le maquillage et les parfums à forte marge, incluant des acquisitions comme les actifs de parfumerie de Kering. Sa division Luxe, qui comprend Lancôme, a généré 18,3 milliards de dollars de ventes l'an dernier, soit plus d'un quart des bénéfices du groupe.

À l'instar de Puig, L'Oréal a signalé des pressions liées au conflit, notamment aux Émirats arabes unis, et anticipe un impact plus marqué au deuxième trimestre. Le groupe a néanmoins enregistré sa plus forte croissance trimestrielle des ventes en deux ans et s'est montré optimiste quant à la demande.

Estée peine à suivre le rythme, pénalisé par la faiblesse des ventes en Chine, sa dépendance au 'travel retail' et une demande irrégulière pour le maquillage. Même combinés, Estée et Puig afficheraient des ventes d'environ 20,6 milliards de dollars, bien en deçà du chiffre d'affaires annuel total de L'Oréal, qui s'élève à 51,6 milliards de dollars.

Malgré tout, une fusion de 40 milliards de dollars offrirait à Estée une chance de rivaliser, en portant ses marges à environ 15,6%, contre 13,8% actuellement.

'Ils doivent préserver ce qui fait la force de chaque entreprise', a affirmé Oliver Chen, analyste chez TD Cowen, soulignant le portefeuille de marques d'Estée et la puissance de Puig dans la mode de luxe et les parfums.

(Reportage d'Arriana McLymore à New York ; rédaction par Sayantani Ghosh et Nick Zieminski ; version française par [Nom du traducteur])