Le leader britannique de la distribution alimentaire, Tesco, a déclaré que les incertitudes liées au conflit pourraient affecter ses bénéfices. Le groupe de spiritueux français Pernod Ricard a prévenu que le déclin du tourisme pesait sur ses ventes, tandis que le chocolatier Barry Callebaut a révisé ses prévisions de résultats à la baisse, invoquant des ruptures logistiques imputables à la guerre.
La compagnie britannique easyJet a fait part jeudi d'une perte plus importante que prévu au premier semestre, ce qui a sanctionné son titre en bourse, tandis que le distributeur britannique Dunelm a noté que les clients réduisaient leurs dépenses face aux incertitudes géopolitiques.
L'essentiel dépendra de la durée du conflit avec l'Iran, alors que les espoirs d'un accord de paix grandissent, ce qui pourrait rouvrir le détroit d'Ormuz et fluidifier les flux pétroliers qui ont fait grimper les cours mondiaux.
L'escalade des tensions régionales a secoué les marchés, alimentant les craintes qu'un conflit prolongé n'entraîne de nouvelles hausses du prix du baril, alimentant l'inflation et freinant la demande de consommation.
LES NIVEAUX D'ACTIVITÉ N'ONT PAS ENCORE "DÉVISSÉ"
Les entreprises européennes devraient publier des résultats "relativement solides" pour le trimestre janvier-mars, selon Ciaran Callaghan, responsable de la recherche actions européennes chez Amundi, bien que la guerre avec l'Iran ait impacté environ un tiers de cette période.
"Il faut un certain temps pour que la hausse des prix du pétrole se répercute sur l'économie, les niveaux d'activité ne devraient donc pas avoir dévissé", a déclaré M. Callaghan.
Bien que les investisseurs estiment que l'exposition directe des grandes capitalisations européennes au Moyen-Orient reste limitée, les véritables dangers résident dans le ralentissement de la croissance économique, les perturbations logistiques, l'incertitude et la poussée inflationniste.
Toutefois, l'ampleur de l'impact dépendra de la durée des hostilités. Les actions européennes ont chuté durant les premières semaines du conflit, mais se sont redressées depuis, portées par une amélioration du sentiment de marché.
"Je ne pense pas que les chiffres du premier trimestre décevront, mais les perspectives établies lors de ce trimestre pour le reste de l'année pourraient l'être", a souligné Ben Ritchie, responsable des actions marchés développés chez Aberdeen.
Certaines publications précoces dans le secteur des semi-conducteurs semblent déjà confirmer les attentes des analystes concernant la résilience des bénéfices trimestriels.
ASML, le plus grand fournisseur mondial d'équipements pour la fabrication de puces, a publié mercredi des résultats trimestriels supérieurs aux attentes et a relevé ses prévisions annuelles, porté par l'essor continu de l'IA.
Le fabricant allemand de systèmes pour puces Aixtron a également fait état de commandes solides, relevant mardi ses objectifs de chiffre d'affaires pour 2026.
LE SECTEUR DE L'ÉNERGIE EN HAUSSE, LA CONSOMMATION EN BERNE
La guerre produit des effets contrastés selon les secteurs.
Les entreprises de l'indice de référence STOXX 600 devraient afficher une croissance de 4,2% de leurs bénéfices au premier trimestre, selon un rapport LSEG I/B/E/S de la semaine dernière, mais cette performance est principalement tirée par le secteur de l'énergie.
La fermeté des cours du brut a soutenu les pétroliers, et les majors européennes devraient délivrer des profits en hausse de 24% par rapport à l'an dernier. TotalEnergies a évoqué le coup de pouce de la hausse des prix de l'énergie induite par le conflit, bien que le groupe français ait dû suspendre 15% de sa production globale.
Les énergies renouvelables devraient également en profiter. La crise a mis en exergue la dépendance de l'Europe aux importations de combustibles fossiles, a noté Hansjorg Pack, gestionnaire de portefeuille senior chez DWS.
"La seule conclusion possible est d'accélérer davantage le déploiement des sources d'énergie alternatives et les investissements dans le réseau", a-t-il déclaré à Reuters.
Si l'inflation peut pénaliser les entreprises liées à la consommation et au luxe, elle pourrait profiter aux banques, selon M. Callaghan.
"On parle beaucoup d'un éventuel relèvement des taux par les banques centrales, la BCE pouvant encore agir deux fois pour un total de 50 points de base, ce qui serait très favorable au système bancaire européen", a-t-il précisé.
LVMH et Hermès ont signalé que les ventes du premier trimestre avaient été affectées par le ralentissement des dépenses au Moyen-Orient dû au conflit, retardant encore la reprise tant attendue du secteur.
DES "GAGNANTS SÉLECTIFS"
Malgré quelques "gagnants sélectifs", le conflit n'est globalement pas favorable aux résultats européens, estime Christoph Berger, directeur des investissements pour les actions européennes chez Allianz GI.
M. Berger, qui tablait sur une croissance à un ou deux chiffres pour les entreprises européennes avant le début du conflit le 28 février, prévoit désormais une croissance "solide", mais pas à deux chiffres, pour le premier trimestre.
Selon LSEG, les revenus du premier trimestre devraient reculer de 0,6% en moyenne, hors secteur de l'énergie, ce qui démontre que les efforts de réduction des coûts et de restructuration des entreprises portent leurs fruits.
RACHATS D'ACTIONS
Bien que certaines sociétés aient réduit leurs propositions de dividendes, rien n'indique pour l'instant qu'il s'agisse d'une tendance de fond, selon les investisseurs.
En réalité, les entreprises ont intensifié leurs programmes de rachats d'actions pour enrayer la récente vague de ventes, a souligné Marcus Morris-Eyton, gestionnaire de portefeuille chez AllianceBernstein.
"Nous avons observé une accélération notable des rachats d'actions, les valorisations actuelles offrant un excellent retour sur investissement pour de nombreuses sociétés", a conclu M. Morris-Eyton.



















