L'euro a atteint mercredi un sommet de près de sept semaines face au dollar, porté par des données montrant une expansion de l'activité des entreprises dans la zone euro, tandis que des chiffres de l'emploi américain inférieurs aux attentes et la perspective de nouvelles baisses de taux aux États-Unis pesaient sur le billet vert.

L'activité des entreprises dans la zone euro a progressé en novembre à son rythme le plus soutenu depuis deux ans et demi, un secteur des services dynamique compensant largement la faiblesse de l'industrie manufacturière.

« On observe une amélioration progressive des indicateurs européens, ce à quoi le marché commence à prêter attention », estime Steve Englander, responsable mondial de la recherche sur le marché des changes G10 et de la stratégie macroéconomique Amérique du Nord à la succursale new-yorkaise de Standard Chartered Bank.

D'autres devises européennes se sont également renforcées mercredi, traduisant potentiellement un regain d'optimisme quant à une issue au conflit russo-ukrainien, selon Englander. « Ce sont toutes des monnaies qui profiteraient d'une paix en Ukraine. »

Le Kremlin a déclaré mercredi que le président Vladimir Poutine avait accepté certaines propositions américaines visant à mettre fin à la guerre en Ukraine, en avait rejeté d'autres, mais que la Russie restait disposée à rencontrer les négociateurs américains autant de fois que nécessaire pour parvenir à un accord.

L'euro progressait de 0,43 % à 1,1673 $, atteignant 1,1677 $, son plus haut niveau depuis le 17 octobre. La couronne suédoise s'est renforcée de 0,76 % face au dollar, à 9,371. Face à la couronne norvégienne, le dollar a reculé de 0,6 % à 10,061.

Des facteurs techniques pourraient également soutenir l'euro et pénaliser le dollar, selon Marc Chandler, stratégiste en chef de Bannockburn Global Forex à New York.

« Depuis le 17 septembre, le dollar s'est apprécié, les autres devises ont reculé, mais cela semble essentiellement correctif et je me demande si nous n'avons pas entamé la prochaine phase de hausse pour retester les sommets atteints plus tôt cette année (par l'euro) », analyse-t-il.

L'euro avait atteint un plus haut de quatre ans à 1,1918 $ le 17 septembre.

L'indice dollar reculait de 0,45 % à 98,85, tombant jusqu'à 98,82, son plus bas niveau depuis le 29 octobre.

Le billet vert a brièvement accentué ses pertes après la publication du rapport ADP sur l'emploi, révélant une baisse inattendue des emplois privés en novembre. L'emploi privé a diminué de 32 000 postes le mois dernier, alors que les économistes sondés par Reuters prévoyaient une hausse de 10 000.

La monnaie américaine a perdu du terrain ces derniers jours, sur fond de spéculations selon lesquelles Kevin Hassett, conseiller économique de la Maison-Blanche, pourrait succéder à Jerome Powell à la tête de la Réserve fédérale en mai prochain et plaider pour de nouvelles baisses de taux.

Le Wall Street Journal rapportait mardi que l'administration Trump avait annulé les entretiens prévus cette semaine avec les finalistes pour la présidence de la Fed, laissant entendre que Donald Trump, 47 e président des États-Unis, avait déjà choisi le successeur de Powell.

« (Le CV de Hassett) est très solide. La seule question est de savoir s'il pourra rester indépendant face aux pressions inévitables de la Maison-Blanche », souligne Englander.

Selon le Financial Times, des investisseurs obligataires ont fait part de leurs inquiétudes au Trésor américain, redoutant que Hassett ne procède à des baisses de taux agressives pour s'aligner sur les préférences du président Donald Trump.

Trump a maintes fois affirmé que la Fed tardait trop à baisser ses taux. Toutefois, le nouveau président de la Fed ne pourra pas, à lui seul, influer sur la politique monétaire, qui relève d'un comité.

Le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, s'est dit mercredi optimiste quant aux perspectives économiques pour l'an prochain, mais a estimé que de nouvelles baisses de taux étaient nécessaires compte tenu de la faiblesse de certains secteurs, dont l'immobilier.

Les opérateurs sur les contrats à terme Fed funds anticipent à 89 % une baisse des taux lors de la réunion de la Fed la semaine prochaine, selon l'outil FedWatch du CME Group.

Le yen japonais s'est apprécié de 0,47 % face au billet vert, à 155,16 pour un dollar.

La devise japonaise est soutenue depuis que le gouverneur de la Banque du Japon, Kazuo Ueda, a déclaré lundi que l'institution examinerait les « avantages et inconvénients » d'une hausse des taux lors de sa prochaine réunion, signalant plus fermement une hausse possible d'ici la fin du mois.

La livre sterling a progressé de 1,01 % à 1,3346 $.

Une enquête publiée mercredi montre que la croissance des entreprises de services britanniques a ralenti le mois dernier et que l'emploi a enregistré sa plus forte contraction depuis février, à l'approche du budget du gouvernement.

Côté cryptomonnaies, le bitcoin a gagné 1,25 % à 92 768 $. Il rebondit après avoir touché un plus bas de sept mois à 80 553 $ le 21 novembre.