Le dollar s'est apprécié face à l'euro et au yen lundi, les investisseurs faisant preuve de prudence à l'approche d'une semaine qui s'annonce chargée avec le retour très attendu des statistiques économiques américaines.

La réaction des marchés à la volte-face du président américain Donald Trump sur les droits de douane concernant plus de 200 produits alimentaires est restée limitée. Certains analystes estiment que cette décision n'est pas une surprise, compte tenu des problèmes de coût de la vie engendrés par ces taxes.

Un afflux de données, retardées en raison de la fermeture partielle du gouvernement fédéral, doit être publié à partir de cette semaine. Ces chiffres devraient donner des indications sur la santé de la première économie mondiale, avec notamment la publication très attendue du rapport sur l'emploi non agricole de septembre, prévue pour jeudi.

« Avec la fermeture du gouvernement désormais derrière nous, les marchés se tournent vers la publication des minutes de la Fed et les données sur l'emploi pour y déceler des indices sur la décision de décembre. La probabilité d'une baisse des taux en décembre est aujourd'hui comparable à un pile ou face », analyse Uto Shinohara, stratège senior en investissement chez Mesirow Currency Management.

« L'inflation reste persistante malgré l'absence de nouvelles données, tandis que le marché du travail semble s'affaiblir. La publication de jeudi sera instructive, mais elle reflète la situation en septembre, ce qui la rend à la fois dépassée et potentiellement émotionnelle si le chiffre principal est important », ajoute-t-il.

Malgré des signes de faiblesse supplémentaire dans l'économie américaine issus des dernières données du secteur privé, les investisseurs ont revu à la baisse leurs anticipations de baisse des taux de la Fed le mois prochain, estimant que les lacunes dans les statistiques économiques pourraient retarder, voire remettre en cause, un nouvel assouplissement.

Les marchés évaluent désormais à moins de 40 % la probabilité d'une baisse de taux de 25 points de base en décembre, contre plus de 60 % plus tôt ce mois-ci.

Parallèlement, le vice-président de la Réserve fédérale, Philip Jefferson, a déclaré lundi que la banque centrale américaine devait « procéder lentement » concernant d'éventuelles baisses supplémentaires, réduisant ainsi les attentes d'une détente monétaire dès le mois prochain.

Les analystes devises de Goldman Sachs ont averti dans leur note hebdomadaire que les données retardées à venir auront une utilité limitée, et que les chiffres de l'emploi ne devraient pas trancher le débat sur les perspectives économiques.

À moyen terme cependant, les analystes estiment que les statistiques économiques « mettront en lumière suffisamment de risques baissiers sur le marché du travail pour clore le débat au sein du FOMC », le comité de politique monétaire de la Fed, ce qui serait négatif pour le dollar.

Joseph Trevisani, analyste senior chez FX Street, estime que le marché a besoin d'informations nouvelles significatives pour définir une direction. « Tant que nous n'aurons pas ce genre de données, je ne pense pas que l'on assistera à de grands mouvements », juge-t-il.

Pour l'instant, le marché reste cantonné dans une fourchette étroite. L'euro reculait de 0,31 % face au dollar, à 1,1585 $, tandis que le yen cédait 0,44 % à 155,2 pour un dollar.

Sous surveillance : le yen

Le yen a à peine réagi aux chiffres publiés lundi montrant que l'économie japonaise s'est contractée de 1,8 % en rythme annualisé au troisième trimestre, une baisse des exportations face aux droits de douane américains ayant entraîné la première contraction en six trimestres.

La monnaie japonaise reste proche de son plus bas niveau en neuf mois face au dollar, incitant les cambistes à se tenir prêts à une éventuelle intervention des autorités nippones pour enrayer sa chute.

Le Japon était intervenu pour la dernière fois sur le marché des changes en juillet 2024, lorsque le yen était tombé à un creux de 38 ans, autour de 161,96 pour un dollar, la faiblesse de la devise alimentant une forte inflation des prix alimentaires et énergétiques.

L'indice du dollar, qui mesure la devise américaine face à un panier de monnaies, gagnait 0,25 % sur la journée à 99,57.

Dans le même temps, la livre sterling cédait 0,19 % à 1,3150 $. Les actifs britanniques ont connu une séance mouvementée vendredi, alors que les spéculations allaient bon train autour du budget très attendu du gouvernement britannique, prévu le 26 novembre.

Ces spéculations devraient se poursuivre, même si la livre sera également influencée cette semaine par les statistiques économiques britanniques, en particulier les chiffres mensuels de l'inflation.

Le franc suisse, valeur refuge, se repliait après avoir atteint un plus haut d'un mois, à 0,7962 pour un dollar, soutenu la semaine dernière par l'inquiétude suscitée par une forte correction sur les marchés actions mondiaux.