Le fonds souverain norvégien, fort de 2 000 milliards de dollars, intensifie la pression sur les entreprises dans lesquelles il investit afin qu'elles réduisent leurs émissions de gaz à effet de serre à zéro net d'ici 2050, a-t-il annoncé mercredi, contrastant fortement avec la montée de l'opposition aux politiques climatiques outre-Atlantique.

L'objectif d'aligner l'ensemble des 8 500 entreprises de son portefeuille sur la trajectoire de l'Accord de Paris a été formulé pour la première fois en 2022. Dans son plan climat récemment actualisé, le fonds va élargir la liste des entreprises considérées comme les plus émettrices, qu'il ciblera pour un dialogue plus poussé.

« Le risque climatique est un risque financier », souligne le fonds. « Le fonds a donc intérêt à une transition ordonnée vers des émissions nettes nulles à l'échelle mondiale. »

LE FONDS NORVÉGIEN EN CONTRASTE AVEC LE REFLUX CLIMATIQUE AUX ÉTATS-UNIS

La mise à jour des orientations du fonds intervient alors que certains investisseurs internationaux se détournent des politiques ESG en matière de climat.

Aux États-Unis, l'administration du président Donald Trump accroît la production d'énergies fossiles, démantèle les politiques climatiques nationales et s'oppose aux initiatives climatiques internationales, notamment en se retirant de l'accord de Paris sur le climat.

Le fonds souverain, qui gère les revenus de l'État norvégien issus de la production de pétrole et de gaz, a investi environ la moitié de sa valeur, soit près de 1 000 milliards de dollars, aux États-Unis, répartis entre obligations, actions et immobilier.

Jusqu'à présent, le fonds se concentrait principalement sur les émissions dites de Scope 1 et Scope 2, c'est-à-dire celles provenant de sources détenues ou contrôlées par l'entreprise et celles liées à la consommation d'électricité et de chauffage achetés.

Désormais, il portera également son attention sur les émissions de Scope 3, ou émissions de la chaîne de valeur, générées à n'importe quel stade de la chaîne d'approvisionnement d'une entreprise. Pour de nombreuses sociétés, ces émissions représentent la part la plus importante de leur empreinte carbone.

PLUS DE DIALOGUE CLIMATIQUE AVEC LES CONSEILS D'ADMINISTRATION

Les entreprises « présentant les émissions de Scope 3 les plus élevées » seront désormais ajoutées à la liste des sociétés visées par un dialogue direct et approfondi sur le climat, précise le plan.

« Nous ciblerons les interactions au niveau du conseil d'administration sur le climat avec les entreprises figurant sur la liste climat », indique le document.

Le fonds n'a pas révélé les noms des entreprises concernées par ce changement, et il n'était pas immédiatement clair si sa direction adopterait des mesures plus coercitives à l'encontre des retardataires. Jusqu'à présent, le fonds a privilégié le dialogue avec les entreprises.

Le plan présenté mercredi se distingue des lignes directrices éthiques fixées séparément par le Parlement, qui entraînent régulièrement des désinvestissements du fonds. Bien que nombre de ces retraits soient motivés par des raisons environnementales, ils ne sont pas décidés par l'opérateur du fonds, Norges Bank Investment Management.