Le gouvernement japonais envisage l'élaboration d'un budget supplémentaire afin d'alléger la charge des ménages face à la hausse des factures de carburant, ont déclaré jeudi deux sources gouvernementales, une mesure qui accentuerait la pression sur les finances publiques déjà tendues du pays.

Un budget rectificatif pour l'exercice budgétaire en cours soutiendrait les foyers susceptibles d'être frappés par des prix de l'essence élevés et des factures d'électricité en hausse durant les pics de température de la saison estivale, selon ces sources.

Le Premier ministre Sanae Takaichi prendra une décision concernant ce budget extraordinaire aux alentours du sommet des dirigeants du G7 en France, mi-juin, ont précisé les sources, qui ont requis l'anonymat s'agissant d'une affaire confidentielle.

Ce budget supplémentaire prendrait la forme d'un fonds de réserve additionnel s'ajoutant aux réserves de mille milliards de yens (6,34 milliards de dollars) déjà affectées pour l'exercice fiscal se terminant en mars prochain.

Le montant exact de ce budget rectificatif n'a pas encore été déterminé.

Après les premières révélations de l'agence de presse Kyodo, les rendements des obligations d'Etat japonaises à 30 et 40 ans se sont tendus, les investisseurs se préparant à une augmentation des émissions de dette pour financer ces dépenses imprévues.

Le ministère des Finances n'a pas pu être joint immédiatement pour un commentaire.

'Le fait que le gouvernement puisse élaborer un budget supplémentaire était conforme aux attentes du marché', a déclaré Saisuke Sakai, économiste senior au Mizuho Research Institute. 'L'enjeu réside dans son ampleur. Si les dépenses sont ciblées, cela pourrait se limiter à quelques milliers de milliards de yens.'

'Si l'on atteint le seuil des 10 000 milliards de yens, la perception des marchés changerait du tout au tout, ce qui pourrait entraîner une envolée des rendements à long terme', a-t-il ajouté.

Takaichi a répété à plusieurs reprises vouloir minimiser la probabilité d'un budget rectificatif, estimant que le gouvernement disposait de fonds suffisants pour financer les subventions actuelles sur les carburants.

Toutefois, elle fait face aux appels croissants des législateurs de la majorité comme de l'opposition pour mettre en place un nouveau plan de soutien afin d'amortir le choc de la flambée des cours du pétrole et des ruptures d'approvisionnement causées par le conflit entre les Etats-Unis, Israël et l'Iran.

Le Japon plafonne déjà les prix de l'essence via des subventions. Le gouvernement envisage également de puiser dans les fonds existants pour réactiver les aides sur l'électricité et le gaz naturel, a indiqué une source à Reuters.

L'orientation budgétaire expansionniste de l'administration a fait grimper les rendements obligataires sur les maturités très longues, inquiétant des investisseurs qui redoutent déjà que la Banque du Japon ne soit en retard d'un train face aux pressions inflationnistes croissantes liées au conflit iranien.

Ce budget supplémentaire s'ajouterait au budget record de 122 000 milliards de yens pour l'exercice ayant débuté en avril, lequel constitue le pilier de la politique budgétaire 'proactive' de Takaichi.

Compte tenu de l'endettement public colossal du pays, l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a exhorté mercredi le Japon à cesser de recourir systématiquement aux budgets rectificatifs et à limiter leur usage aux chocs majeurs.

(1 $ = 157,8300 yens)