Le Chili s'apprête à rompre avec la tradition en ouvrant, la semaine prochaine, son rassemblement mondial annuel du cuivre par une journée de panels dédiés au lithium. Le pays cherche ainsi à diversifier résolument son économie au-delà du métal rouge, son moteur historique depuis des décennies.

La Conférence mondiale sur le lithium inaugurale, organisée par le cabinet de conseil CRU et l'International Lithium Association, donnera lundi le coup d'envoi de la "CESCO Week" à Santiago, rendez-vous incontournable de l'industrie du cuivre.

Après des mois de marasme, les cours du lithium ont rebondi pour atteindre des sommets de plus de deux ans, portés par les inquiétudes sur l'approvisionnement pétrolier liées aux conflits au Moyen-Orient, ce qui ravive l'intérêt pour ce métal stratégique utilisé dans les batteries de véhicules électriques.

Parallèlement, l'offre de lithium se tend sous l'effet de la fermeture d'une mine clé en Chine, d'une interdiction d'exportation au Zimbabwe et de l'amenuisement des stocks de carbonate de lithium.

Selon l'Institut d'études géologiques des États-Unis (USGS), le Chili détient les troisièmes réserves mondiales de lithium - après l'Argentine et la Bolivie - avec 13 millions de tonnes.

NOUVEAU PRÉSIDENT, NOUVELLES ATTENTES

Alors que cinq compagnies minières, dont Rio Tinto, briguent des droits d'exploitation, le nouveau président chilien, José Antonio Kast, n'a que l'embarras du choix au moment où le pays propose ses vastes gisements dans le cadre de partenariats.

"La stratégie sur le lithium déployée en 2023 était une orientation plutôt pertinente ; nous espérons donc que le nouveau gouvernement s'en saisira pour simplifier et accélérer l'attribution des nouveaux contrats", a déclaré Ignacio Mehech, PDG de CleanTech Lithium.

Cotée à Londres, CleanTech a obtenu une licence de production, mais doit encore décrocher un permis environnemental pour l'extraction. La société lève actuellement des fonds pour financer un projet minier de 750 millions de dollars en bordure du Salar de Laguna Verde, une zone riche en lithium.

MULTIPLICATION DES MINES ET HAUSSE DE LA DEMANDE

Une forte dynamique soutient le secteur : selon le CRU, le nombre d'exploitations minières actives dans le monde a doublé au cours des quatre dernières années pour atteindre près de 80 mines d'ici 2026.

La demande de lithium pour les batteries stationnaires continue de croître, ce qui permet de compenser la faiblesse du marché des véhicules électriques, souligne Martin Jackson, responsable du lithium et des matériaux de batteries au CRU.

"Le lithium restera la technologie la plus compétitive pour sa densité énergétique pendant encore de nombreuses années", affirme-t-il.

Les prix du carbonate de lithium en Chine devraient s'établir en moyenne autour de 22 dollars le kilogramme cette année (hors TVA) selon le CRU, soit une progression d'environ 135 % par rapport à l'année précédente.

La communauté des investisseurs se montre également optimiste. La banque d'affaires Macquarie estime que la demande mondiale de lithium bondira de plus de 20 % par an jusqu'à la fin de la décennie, portée par le stockage d'énergie, malgré le ralentissement de la croissance dans l'électromobilité.

"Les tensions actuelles sur le marché suggèrent une configuration favorable à une dynamique haussière durable des prix, car la demande surpassera inévitablement une offre dont le développement est retardé", explique Asad Farid, directeur du fonds d'actions matériaux stratégiques chez J. Safra Sarasin Sustainable Asset Management.

LE POIDS DES TENSIONS SINO-AMÉRICAINES

Cette diversification accrue du Chili vers le lithium intervient alors que les tensions entre la Chine et les États-Unis se propagent aux régions riches en ressources naturelles, comme l'Amérique du Sud.

La Chine a régulièrement augmenté sa part dans la demande mondiale de lithium ces quatre dernières années, passant de 75 % à près de 90 %. Le cours du lithium sur le Guangzhou Futures Exchange s'est imposé comme la référence du secteur.

Le Chili a déjà eu un aperçu de l'équilibre diplomatique requis, en poursuivant un projet de liaison par fibre optique soutenu par China Mobile entre Valparaiso et Hong Kong, malgré les objections américaines.

"Avec l'approche actuelle du président Trump, nous devrons peut-être y réfléchir à deux fois avant de solliciter des investisseurs chinois", estime Marcelo Awad, vétéran du secteur minier chilien et conseiller auprès de Wealth Minerals, une société de lithium cotée à la Bourse de Toronto.

Wealth Minerals est en pourparlers avec l'entreprise publique indienne Coal India Limited pour une éventuelle coentreprise et recherche des investisseurs pour sa mine de lithium de 750 millions de dollars.

Toutefois, certains estiment que le Chili doit maintenir sa neutralité.

"Le grand débat actuel est de savoir comment le Chili parviendra à préserver de bonnes relations avec chaque pays, y compris la Chine", conclut Ignacio Mehech de CleanTech, ajoutant que le Chili ne peut se permettre de privilégier une puissance au détriment d'une autre.