San Francisco (awp/afp) - Le patron d'OpenAI a appelé jeudi les gouvernements du monde entier à bâtir leur "propre infrastructure" pour l'intelligence artificielle (IA) et assuré qu'il ne cherchait pas lui-même de "garanties publiques" pour les investissements en centaines de milliards de dollars de son entreprise, créatrice de ChatGPT.

"Nous n'avons pas ou ne voulons pas de garanties du gouvernement pour les centres de données d'OpenAI", a déclaré Sam Altman sur X, tentant d'éteindre la polémique au lendemain de propos de sa directrice financière laissant entendre le contraire.

"Ce qui pourrait avoir du sens, selon nous, c'est que les gouvernements construisent (et possèdent) leurs propres infrastructures d'IA, mais dans ce cas, les bénéfices qui en découlent devraient également leur revenir", a-t-il ajouté dans un long message de mise au point.

Mercredi, lors d'une conférence organisée en Californie par le Wall Street Journal, la directrice financière d'OpenAI, Sarah Friar, avait employé mercredi les termes de "filet de sécurité" et de "garantie" pour décrire le rôle qu'elle voyait l'Etat fédéral jouer dans le financement d'OpenAI.

Après une première vague de critiques, elle s'était rétractée dans un message publié dans la nuit de mercredi à jeudi sur LinkedIn, disant vouloir "clarifier" que l'entreprise ne "cherchait pas à obtenir une garantie du gouvernement" pour ses emprunts.

Mais la polémique ne s'est pas éteinte, alors que des inquiétudes grandissent sur la capacité des géants de la tech à absorber les coûts colossaux de la course à l'IA.

"Il n'y aura pas de plan de sauvetage fédéral pour l'IA. Les États-Unis comptent au moins cinq grandes entreprises pionnières dans ce domaine. Si l'une d'entre elles fait faillite, d'autres prendront sa place", avait réagi jeudi matin sur X David Sacks, principal conseiller de Donald Trump sur l'IA. Tout en laissant entendre qu'il s'agissait probablement d'une maladresse de communication à clarifier.

"Les gouvernements ne devraient pas choisir les gagnants et les perdants, et les contribuables ne devraient pas renflouer les entreprises qui prennent de mauvaises décisions commerciales ou qui échouent sur le marché", a abondé Sam Altman dans son message publié quelques heures plus tard.

- Pas de sauvetage -

"Si nous nous plantons et que nous ne pouvons pas réparer, nous devons échouer, et d'autres entreprises continueront à faire du bon travail et à servir les consommateurs. C'est comme ça que fonctionne le capitalisme", a-t-il ajouté.

OpenAI a conclu, ces derniers mois, une série d'accords qui l'engagent à acquérir, sur huit ans, pour 1.400 milliards de dollars de capacités informatiques supplémentaires auprès de fabricants de puces et d'acteurs du "cloud" (informatique à distance).

Ce montant total préoccupe un nombre croissant d'analystes et d'observateurs du marché, qui le comparent aux revenus annuels d'OpenAI, jusqu'ici annoncés à 13 milliards de dollars pour 2025.

"Nous nous attendons à terminer l'année avec un chiffre d'affaires annualisé supérieur à 20 milliards de dollars et atteindre plusieurs centaines de milliards d'ici 2030", a annoncé jeudi M. Altman.

Le créateur de ChatGPT perd toutefois des milliards de dollars chaque année et ne prévoit pas d'être rentable avant 2029, ce qui implique qu'outre des augmentations de capital, OpenAI va devoir emprunter massivement sur les marchés, directement ou indirectement.

"Le risque pour OpenAI de ne pas disposer d'une puissance de calcul suffisante est plus important et plus probable que le risque d'en avoir trop", a encore déclaré l'entrepreneur de 40 ans, disant vouloir "un monde où l'IA est abondante et bon marché".

M. Altman a évoqué, à ce sujet, la possibilité pour OpenAI de "louer des capacités de calcul à d'autres sociétés (et personnes)", un projet dont il n'avait encore jamais fait état, son entreprise ne parvenant pas, jusqu'ici, à faire face à ses propres besoins en la matière.

Si l'idée se concrétisait, la start-up se poserait ainsi, de fait, en concurrente des fournisseurs de cloud, d'Amazon à Oracle, en passant par son partenaire privilégié et actionnaire de référence, Microsoft.

afp/rp