* La mine de Hope Bay devrait produire 400 000 onces d'or par an à partir de 2030

* Agnico Eagle investira 100 millions de dollars dans l'exploration au cours des trois prochaines années

* Le ministère canadien de la Défense s'inspirera de la construction de la mine pour la sécurité en Arctique, selon le gouvernement fédéral

* Le projet Hope Bay est perçu comme un levier économique pour le Nunavut ; les dirigeants locaux réclament des retombées communautaires

HOPE BAY, Nunavut, 20 mai (Reuters) - Le deuxième producteur d'or mondial, Agnico Eagle, mise sur le transport par barges via le passage du Nord-Ouest pour maintenir le coût de production de sa mine de Hope Bay sous la barre des 1 000 dollars l'once, a déclaré son PDG Ammar Al-Joundi à Reuters, alors que le groupe tente de mener la relance minière dans les régions reculées de l'Arctique canadien.

Agnico Eagle a annoncé mardi un investissement de 2,4 milliards de dollars pour relancer la mine de Hope Bay au Nunavut, la région la plus septentrionale du Canada. Le site était à l'arrêt depuis 2022, après son rachat auprès de la société torontoise TMAC Resources, laquelle avait peiné à concilier des coûts d'exploitation élevés avec les volumes produits.

Les entreprises de la région ont longtemps privilégié le transport aérien ou les routes de glace pour l'approvisionnement, le passage du Nord-Ouest étant gelé plus de six mois par an.

Toutefois, la renaissance de Hope Bay et le recours accru aux barges illustrent comment l'Arctique devient plus accessible aux minières en raison de la fonte des glaces de mer. Le développement de la mine est suivi de près par le gouvernement du Premier ministre Mark Carney, alors que le Canada cherche à affirmer son autonomie sur l'Arctique.

La mine d'or souterraine devrait entrer en production en 2030, avec une capacité annuelle de 400 000 onces et une durée de vie initiale de 11 ans. Cependant, la direction parie sur le potentiel d'exploration autour du site de 80 kilomètres pour prolonger l'exploitation sur plusieurs décennies. Agnico prévoit de consacrer 100 millions de dollars ces trois prochaines années à l'exploration au-delà du périmètre initial de 10 kilomètres, a précisé M. Al-Joundi.

'Nos investisseurs savent que ce projet sera rentable ; le cash cost sera inférieur à 1 000 dollars, ce qui est exceptionnel dans le contexte actuel', a affirmé M. Al-Joundi lors d'une visite du chantier de construction.

Bâtir une mine souterraine dans le Grand Nord canadien comporte des défis logistiques et infrastructurels majeurs, les conditions météorologiques extrêmes et changeantes ne laissant aux exploitants qu'une courte fenêtre pour acheminer les matériaux nécessaires.

Trois mines de diamants dans les Territoires du Nord-Ouest sont actuellement fermées ou en voie de l'être. Si ces dernières dépendent des routes de glace pour leur équipement, la mine d'or de Hope Bay acheminera ses fournitures lourdes par voie maritime depuis le port de Bécancour, au Québec, vers son propre port privé, a expliqué M. Al-Joundi.

UNE FENÊTRE DE SIX SEMAINES

La mine de Hope Bay dispose d'une fenêtre de six semaines en été, lorsque la glace est suffisamment fondue pour permettre aux barges de livrer les explosifs, le diesel et les autres matériaux lourds requis pour les travaux de l'année suivante.

M. Al-Joundi et ses équipes estiment que leur expertise en logistique maritime permettra de maîtriser les coûts.

'Le transport par barge est bien moins onéreux que le fret aérien, et puisque nous disposons d'une route praticable en toutes saisons, nous pouvons gérer la logistique normalement', a détaillé le dirigeant.

Une fois l'or extrait, il sera expédié par avion depuis la piste privée de la compagnie.

Pour le Nord canadien, la relance de l'activité minière est perçue comme une opportunité de création d'emplois face aux fermetures de sites. Outre les mines de diamants, Baffinland Iron Mines Corp., au Nunavut, s'est placée sous la protection de la loi sur les créanciers la semaine dernière, menaçant les emplois des communautés locales.

'Trop de Nunavummiut manquent de ressources actuellement, et notre gouvernement souhaite qu'ils bénéficient d'opportunités leur permettant de subvenir aux besoins de leurs familles...', a déclaré John Main, Premier ministre du Nunavut, lors d'un événement réunissant l'entreprise et des représentants fédéraux.

Le territoire reprend le contrôle de ses ressources, et les populations locales doivent également profiter des retombées de tels projets miniers, a-t-il ajouté.

Les enseignements tirés de la construction de la mine seront également mis à profit par le ministère canadien de la Défense pour améliorer les systèmes de protection dans la région, selon un communiqué du gouvernement fédéral.