Les investisseurs achètent des dollars en période de tensions mondiales, en partie parce que les États-Unis sont exportateurs de pétrole, mais même lorsque ces positions sont dénouées, le yen ne parvient pas à progresser significativement face au billet vert, a expliqué vendredi soir M. Kanda, ancien responsable de la diplomatie monétaire du Japon.
"La raison principale réside dans les différentiels de taux d'intérêt (entre les États-Unis et le Japon). Alors que les marchés se focalisent particulièrement sur les futures décisions de la Réserve fédérale américaine, la devise japonaise sera délaissée si une majorité d'acteurs estime que la BoJ est en retard sur la courbe (behind the curve) dans sa gestion des risques inflationnistes", a-t-il précisé.
Les investisseurs pourraient également vendre du yen s'ils s'inquiètent de la viabilité budgétaire du Japon, a ajouté M. Kanda lors de sa visite à Washington pour assister aux réunions du Fonds monétaire international et du Groupe de la Banque mondiale.
Partisane d'une politique budgétaire expansionniste, le Premier ministre Sanae Takaichi a déployé des subventions pour plafonner les prix de l'essence et s'est engagée à continuer d'accroître les dépenses pour soutenir l'activité économique.
Les détracteurs de cette politique estiment que de telles mesures alourdiraient l'immense dette publique du Japon, qui représente déjà le double de la taille de son économie, soit le ratio dette/PIB le plus élevé parmi les grandes puissances.
Bien que le Japon ne soit pas le seul pays à recourir aux subventions pour limiter les factures de carburant, M. Kanda a souligné que ces mesures devraient être ciblées et temporaires afin d'viter de fausser les mécanismes de prix du marché.
"Les fluctuations de prix sont des instruments qui aident la société à s'adapter aux nouvelles normes. En général, il est inapproprié de les neutraliser, car cela entrave l'évolution des comportements publics", a-t-il affirmé.
Au lieu de subventions généralisées, les pays devraient investir davantage pour améliorer l'efficacité énergétique, accroître les réserves pétrolières et prendre des mesures pour diversifier la consommation d'énergie, a préconisé M. Kanda. Le dollar est tombé vendredi à son plus bas niveau en sept semaines après que l'Iran a déclaré que le détroit d'Ormuz était ouvert, ravivant l'espoir d'une désescalade du conflit au Moyen-Orient. Le billet vert s'est également affaibli face au yen, bien que l'amenuisement des perspectives d'une hausse des taux en avril maintienne la monnaie japonaise proche du seuil des 160 yens pour un dollar, niveau qui a déclenché des interventions de change par le passé. Le dollar s'échangeait autour de 158,61 yens vendredi.
Soucieuse de ne pas pénaliser une économie fragile, la BoJ a maintenu des taux bas, alors même que la hausse des coûts d'importation due à la faiblesse du yen et la progression constante des salaires maintiennent l'inflation proche de son objectif depuis près de quatre ans.
M. Kanda, qui a dirigé la politique de change du Japon pendant trois ans jusqu'en juillet 2024, a lutté contre la chute incessante du yen par des interventions record sur le marché des changes, une action qui lui a valu le surnom de "Monsieur Yen".


















