"Après tant d'années de guerre incessante et de danger sans fin, aujourd'hui, le ciel est calme, les armes sont silencieuses, les sirènes sont silencieuses et le soleil se lève sur une Terre Sainte qui est ENFIN EN PAIX - une terre et une région qui vivront, si Dieu le veut, en paix pour toute l'éternité". Ce sont les mots de Donald Trump devant la Knesset, célébrant le cessez le feu à Gaza, le retour des otages et, évidemment, son succès diplomatique. "Pour les générations suivantes, ce sera le moment où tout a commencé à changer...Comme aux États-Unis en ce moment, ce sera l'ÂGE D'OR d'Israël et l'Âge d'or du Moyen-Orient".
Le souci avec Donald Trump c’est que tout est toujours historique, que personne ne l’a jamais fait avant lui, et qu’il promet l’âge d’or d’à peu près tout et n’importe quoi. C’est le style hyperbolique qui le caractérise.
Une dynamique de paix
Mais cette fois, il faut reconnaître que c’est un résultat historique, qu’il y a une dynamique de paix enclenchée pour la première fois depuis les accords d’Oslo en 1993, et que lui seul pouvait y parvenir. Pas lui, le président américain. Lui, Donald Trump. Pas seulement parce qu’il est à la tête de la première puissance mondiale, mais aussi pour son imprévisibilité et sa capacité à s’affranchir des normes.
Tout cela fait de lui le seul dirigeant à même de tordre le bras à tout le monde pour parvenir au résultat qu’il souhaite. Ici, ce qu’il veut, c’est un Moyen-Orient pacifié. Parce que fondamentalement, il n’aime pas la guerre ; il veut simplement pouvoir faire du business. Lui et sa famille ont d’ailleurs de nombreux intérêts dans la région.
Une vision qu’il exposait en mai dernier, en Arabie Saoudite, lors de la première tournée diplomatique de son second mandat. "Sous nos yeux, une nouvelle génération de leaders transcende les vieux conflits et les divisions du passé, et forgent un futur où le Moyen Orient est défini par le commerce, pas le chaos ; où il exporte la technologie, pas la terreur ; et où des peuples de différentes nations, religions, et croyances construisent des villes ensemble – plutôt que de se bombarder jusqu’à l’anéantissement".
Surtout, il veut apparaitre comme le peacemaker (le faiseur de paix) : celui qui revendique avoir stoppé "six guerres en six mois" puis "sept guerres en sept mois", et maintenant "huit guerres en huit mois". Avec en toile de fond l’obsession du prix Nobel de la paix. Récompense qui lui a finalement échappée (en tout cas pour cette année), puisque celui-ci a été décernée vendredi à l’opposante vénézuélienne Maria Corina Machado.
La question du jour d’après
Hier, Donald Trump a donc célébrer la réussite de la première étape de son plan de paix : le retour des otages israéliens, la libération de près de 2000 prisonniers palestiniens et le retrait partiel de l’armée israélienne. Si on peut se féliciter de la cessation des hostilités, le plus dur est en réalité à venir : le désarmement du Hamas, la sécurisation de Gaza, la reconstruction et la gouvernance de l’enclave.
D’autant que "le président de la paix" devra composer avec Benjamin Netanyahou, chef d’un cabinet de guerre depuis deux ans. En effet, depuis le 7 octobre 2023 et l’une des pires failles sécuritaires de l’histoire du pays, Benjamin Netanyahou s’est maintenu au pouvoir grâce à la guerre. Le Premier ministre israélien s’est engagé dans une sorte de fuite en avant qui l’a conduit à vouloir exterminer le Hamas à Gaza (quitte à raser l’enclave) et à affronter tous les ennemis d’Israël dans la région : du Hezbollah au Liban, en passant par les Houthis au Yémen et bien sur l’Iran. Un jusqu’au boutisme qui a isolé Israël sur la scène diplomatique.
Mais la vraie bascule se produit le 9 septembre lorsque des avions israéliens bombardent un immeuble de Doha, au Qatar, visant des dirigeants du Hamas. Une attaque inédite contre un allié clé des Etats-Unis dans la région - le pays abrite la base aérienne d’Al-Udeid, la plus importante base américaine au Moyen-Orient.
Dès lors, le président américain mettra tout son poids dans la balance pour forcer Benjamin Netanyahou à soutenir son plan de paix. Une séquence qui a donné lieu à des échanges tendus en coulisses, comme en témoigne cette citation de Donald Trump, fin septembre, rapportée par Axios : "Je ne sais pas pourquoi vous êtes toujours si négatif putain. C’est une victoire. Prenez-là". Hier, devant la Knesset, Donald Trump s’est contenté de dire que Netanyahou "n’est pas quelqu’un de facile à vivre".
Une opportunité pour Netanyahou
Quelques minutes avant Donald Trump, le Premier ministre israélien a semblé vouloir s’inscrire dans sa vision : "Il y a un temps pour tout, un temps pour toute chose sous le ciel. Un temps pour la paix et un temps pour la guerre", reprenant un verset biblique. "Ces deux dernières années ont été marquées par la guerre. Les années à venir seront, espérons-le, une période de paix."
Quelle que soit l’opinion que l’on ait de lui, il faut reconnaître qu’il a un certain instinct politique, qui lui a permis de toujours s’en sortir. Il exerce pour la première fois la fonction de Premier ministre entre 1996 et 1999, puis il revient en 2009 et il occupe le poste presque sans discontinuité depuis.
Rester au pouvoir lui permet aussi de reporter ses échéances judiciaires, notamment un procès pour corruption, fraude et abus de confiance.
Des élections législatives sont prévues l’année prochaine, mais certains estiment que Benjamin Netanyahou pourrait profiter d’un regain de popularité, dans le sillage de la fin de la guerre, pour convoquer des élections anticipées.
























