Dans un mouvement qui s’améliore, les IPO ne reprennent pourtant pas leur rôle central de sorties pour les gérants de fonds de capital-investissement. 

Paradoxal. Alors que l’activité du private equity européen a atteint des sommets en 2025, aussi bien en volume qu’en valeur, les sorties par IPO poursuivent leur déclin. Selon PitchBook, les IPO chutent de 36% en volume et de 38% en valeur – un repli qui prolonge la faiblesse déjà observée en 2024.

Opérations de Private Equity en Europe (Source : PitchBook)

Ce décalage s’explique par les fragilités structurelles du marché boursier européen : valorisations compétitives difficiles à maintenir, liquidité insuffisante, incertitude chronique. L’introduction en bourse n’offre plus ni prix attractif, ni exécution fiable.

Consolidation des alternatives 

De quoi renforcer la pression pour trouver d’autres moyens de sorties. 

Face à ce blocage, les gérants de fonds multiplient les alternatives. Le ratio investissements/sorties atteint 2,5, du jamais-vu. Et le retour aux investisseurs stagne à 20% de la valeur liquidative, bien en deçà de la moyenne décennale de 28%. Autrement dit, on rentre plus facilement qu’on ne sort des deals actuellement.

Les acteurs du private equity se tournent alors vers eux-mêmes. Les sorties se font désormais majoritairement entre sponsors, via des opérations de rachat par d’autres fonds. Pour la première fois, ces transactions deviennent la première source de liquidité en valeur. D’autant que ces fonds paient mieux (EV/EBITDA médian à 12,8x contre 8,9x pour les acquéreurs ‘corporate’ – ceux qui visent des synergies opérationnelles) et assurent une meilleure exécution.

Une sortie par la voie publique est intéressante quand le fonds arrive à “vendre” l’entreprise au public de la bonne manière, en créant une histoire autour du futur titre par exemple. Mais le secteur a connu des échecs majeurs en termes d’IPO ces dernières années comme Dr. Martens ou Douglas. Si les investisseurs voient dans cette initiative un moyen de se décharger d’un poids mort au lieu d’une belle histoire de création de valeur à long terme, la dynamique n’est pas prête de s’inverser. 

En parallèle, les outils alternatifs se perfectionnent. Les fonds de continuation gagnent du terrain – le gérant crée un nouveau véhicule pour prolonger la détention d’un actif tout en offrant une possibilité de sortie aux investisseurs existants. Cette stratégie, souple et sur-mesure, devient une norme. Le marché secondaire piloté par les gérants eux-mêmes s’approfondit, se structure et rivalise désormais avec l’IPO.

Opérations secondaires à l’initiative du gérant dans le monde (source : PitchBook)