Le gouvernement français a déclaré mardi avoir soumis à la consultation un projet de décret qui fixerait les prix afin de garantir que les distributeurs ne réalisent pas de marges supérieures à celles observées en janvier et février, sur la base d'une moyenne mobile de cinq jours des prix de gros à Rotterdam.
Il s'agit de l'une des nombreuses mesures que les pays européens, de Dublin à Bucarest, envisagent pour atténuer l'impact sur les consommateurs de la flambée record des cours du pétrole et des carburants, consécutive aux perturbations causées par la guerre en Iran.
Dans une lettre adressée au Premier ministre en date du 14 avril, la Fédération du Commerce et de la Distribution (FCD) soutient que le décret forcerait les distributeurs opérant avec des marges de 1 à 2 centimes d'euro par litre à vendre à perte, faute d'actualisation des prix en temps réel. Elle souligne par ailleurs que le texte épargne les compagnies pétrolières verticalement intégrées qui, selon elle, tirent des profits bien plus importants de la crise.
Le courrier, qui n'a pas été rendu public, est signé par Alexandre Bompard (PDG de Carrefour), Dominique Schelcher (PDG de Coopérative U), Philippe Michaud (Président du comité exécutif du Mouvement E. Leclerc), Thierry Cotillard (Président du Groupement Les Mousquetaires) et Barthélémy Guislain (Président de l'Association Familiale Mulliez, propriétaire d'Auchan).
Ensemble, ces cinq enseignes représentent plus d'un tiers des stations-service en France, selon les calculs de Reuters.
"Ce décret ferait de la grande distribution la variable d'ajustement commode d'une crise qu'elle n'a pas créée... tout en n'imposant absolument rien aux raffineurs-distributeurs qui ont capté des marges brutes considérables depuis le début du conflit en Iran", indique la lettre.
Bien qu'elle ne soit pas nommément citée, la major française TotalEnergies détient trois des six raffineries de pétrole en France et un quart des stations-service du pays.
TotalEnergies devrait annoncer jeudi, lors de la publication de ses résultats du premier trimestre, d'importants profits de trading portés par la hausse des cours du brut et des marges de raffinage.
TotalEnergies a refusé de commenter la lettre, mais a précisé être le seul distributeur en France à plafonner volontairement ses prix à la pompe.
Le groupe énergétique canadien North Atlantic a également récemment acquis la raffinerie française Esso de Gravenchon, qui approvisionne environ 7% des stations-service de l'Hexagone. (Reportage Forrest Crellin et America Hernandez ; rédaction Inti Landauro et Makini Brice)



















