La société de recyclage textile Reju, détenue par le groupe français d'infrastructures énergétiques Technip Energies, a annoncé la construction d'une grande usine de recyclage de polyester dans le sud-ouest de la France, alors que start-up et distributeurs s'attaquent au problème des déchets liés à la fast fashion.

« Nous renforçons notre mission de transformer les déchets textiles en ressources précieuses et circulaires », a déclaré le directeur général Patrik Frisk dans un communiqué.

La nouvelle usine, implantée à Lacq, transformera des textiles usagés issus de collectes et d’opérations nationales de recyclage en nouvelles fibres de polyester. Reju a déjà annoncé des projets d’usines aux Pays-Bas et aux États-Unis.

Les décisions finales d’investissement pour ces trois sites sont encore en attente, chacun visant une capacité d’environ 50 000 tonnes métriques par an de polyester recyclé, pour un coût au moins deux fois supérieur à celui du polyester vierge.

UNE COMMERCIALISATION COÛTEUSE

Des enseignes de fast fashion telles que H&M et Inditex, maison mère de Zara, soucieuses de rendre leur activité plus durable et de répondre à des réglementations plus strictes sans sacrifier leur croissance, soutiennent des start-up de recyclage textile à textile.

La production de polyester, issu de la pétrochimie, a augmenté ces dernières années, selon la dernière estimation de Textile Exchange. Son faible coût et sa durabilité expliquent son usage massif dans une grande variété de vêtements, des robes aux tenues de sport.

La start-up Syre, spécialisée dans le recyclage du polyester et soutenue par H&M, a signé un contrat d’approvisionnement de 600 millions de dollars avec le distributeur, ainsi que des accords avec Nike, Gap et Target. Inditex a investi dans Circ et s’est engagé à acheter du polyester recyclé à Ambercycle.

Mais le secteur n’en est qu’à ses débuts, et le passage de la phase pilote à l’échelle industrielle reste coûteux. Syre a indiqué à Reuters qu’il lui faudrait lever jusqu’à 700 millions de dollars pour construire une grande usine au Viêt Nam.

Patrik Frisk, PDG de Reju et ex-dirigeant de la marque de sport Under Armour, a jugé lors d’une rencontre avec la presse à l’usine pilote de Francfort que la majoration du prix était justifiée, soulignant que la matière ne représente qu’une faible part du coût total d’un vêtement.

Reju prévoit des investissements compris entre 300 et 400 millions d’euros (355-475 millions de dollars) par site. Le directeur technique Antoni Mairata a précisé que sept ou huit marques étaient prêtes à signer des accords d’achat.

L’industrie du recyclage textile peine souvent à s’imposer. Renewcell, spécialisée dans la fabrication de pulpe à partir de coton recyclé chimiquement et soutenue par H&M, a déposé le bilan en 2024. Rebaptisée Circulose après le rachat de ses actifs par le fonds Altor, elle a annoncé des partenariats avec Mango et Marks & Spencer mais n’a pas encore relancé sa production.

Actuellement, 98% du polyester recyclé provient de bouteilles plastiques, selon Textile Exchange, ce qui suscite des critiques pour avoir détourné ces bouteilles d’une filière de recyclage déjà établie.

Le prix des matériaux recyclés, et la volonté des distributeurs de facturer un supplément pour les produits qui en sont issus, seront des facteurs clés dans un secteur de la mode particulièrement concurrentiel.

« Si je dois vraiment résumer à un seul critère, malheureusement, c’est le prix », estime Catharina Martinez-Pardo du Boston Consulting Group. Les études montrent que les consommateurs sont peu enclins à payer plus cher pour des produits plus durables, ajoute-t-elle.
(1 dollar = 0,8430 euro)
(Reportage de Ludwig Burger à Francfort, Greta Rosen Fondahn à Stockholm et Helen Reid à Paris ; rédaction : Edmund Klamann)