Vendredi dernier, les Etats membres du Conseil de l’Europe ont adopté la version finale du Retail Investment Strategy (RIS). Ce texte quasi inconnu du grand public est en revanche d’une importance majeure pour le monde de l’investissement. Dans un communiqué, l’Efama parle d’ailleurs d’une "étape clé", le dossier devant désormais être soumis au Parlement.
Dans les grandes lignes, le RIS intègre un ensemble de mesures qui vise à mieux protéger les investisseurs individuels pour les inciter in fine à orienter davantage leur épargne vers l’économie réelle. Toutefois à l’issue des longues négociations qui ont eu lieu, le texte en question est très loin de faire l’unanimité.
Les inquiétudes se cristallisent notamment autour de deux points : la notion de "value for money" et les tests d’adéquation des solutions proposées.
La "value for money" peut être définie comme le retour sur investissement de l’investisseur. "L’intention (du Législateur) est de limiter les offres de produits qui présentent un rapport qualité/prix faible ou inexistant pour les investisseurs particuliers", expliquait Deloitte dans une note parue l’an passé.
En parallèle, le RIS met l’accent sur la notion d’adéquation entre d’un côté le conseil et les produits proposés et de l’autre les besoins et les objectifs de l’investisseur. Concrètement, le texte va accroître les exigences en matière de tests et de vérifications pour les professionnels.
Les professionnels montent au créneau
Pour le directeur général de l’Efama, Tanguy van de Werve, "bien qu’animé d’une ambition louable, le texte a abouti à un résultat qui ne répond pas à la question fondamentale : comment attirer davantage d’investisseurs particuliers européens sur les marchés de capitaux ?".
L’association européenne de la gestion d’actifs s’inquiète principalement du fait que les éléments essentiels seront définis dans de futures normes techniques (niveau 2). Elle craint ainsi que la mise en œuvre s’accompagne d’exigences supplémentaires complexes.
En résumé, l’Efama redoute une réforme à même d’accroître les obligations et les coûts du secteur "sans réelle valeur ajoutée pour l’investisseur final".
Une critique sans détour de la part de l’AFG
En France, l’AFG s’inscrit dans la même ligne. L’association regroupant les gestionnaires locaux a publié un message via son compte LinkedIn dans lequel elle évoque une "occasion manquée" et "des résultats à l’opposé des objectifs initiaux".
Du fait des contraintes supplémentaires imposées aux professionnels, l’AFG estime en effet que le futur cadre est de nature à restreindre l’offre de produits disponibles, concentrer les portefeuilles (avec des risques accrus), fragmenter le marché et réduire les volumes de financement des PME.
Pour convaincre de la pertinence de son propos et du danger couru, l’association n’hésite pas à évoquer un autre sujet sensible : "le fiasco MiFID II sur la recherche sur les PME, qui a détruit un écosystème et affaibli le financement des PME". Et de conclure qu’elle tire la sonnette d’alarme car le secteur ne peut se permettre "une nouvelle erreur".

















