Zurich (awp) - La Banque nationale Suisse (BNS) a maintenu jeudi le statu quo monétaire. Le principal taux directeur reste inchangé à 0%. De l'avis des économistes, la situation devrait perdurer en 2026.
"Notre politique monétaire reste expansionniste. Le bas niveau des taux en Suisse déploie d'une part ses effets par l'intermédiaire du cours du franc, et se répercute d'autre part sur la croissance du crédit. Notre politique monétaire devrait ainsi contribuer à ce que l'inflation remonte lentement au cours des prochains trimestres. En outre, elle soutient la croissance", a estimé jeudi dans un discours le président de la direction générale, Martin Schlegel.
M. Schlegel a défendu une politique "adéquate", notamment l'abaissement rapide des taux jusqu'au niveau actuel, face à la situation économique et monétaire. L'introduction de taux négatifs n'est pas au programme, les obstacles à une telle décision étant toujours très importants, selon lui.
Les avoirs à vue détenus par les banques à la BNS se voient appliquer, jusqu'à un seuil défini, le taux directeur de la BNS. Pour la part des avoirs à vue dépassant ce seuil, le taux appliqué continue d'être inférieur de 25 points de base au taux directeur, précise l'institut d'émissions.
Ralentissement de l'înflation
Depuis le dernier examen de la situation économique et monétaire, l'inflation a légèrement ralenti en Suisse. Elle est passée de 0,2% en août à 0,0% en novembre. Ce ralentissement est notamment dû à un renchérissement moins élevé dans l'hôtellerie et dans l'habillement, et à une hausse moins marquée des loyers. "La pression inflationniste n'a guère varié depuis le dernier examen trimestriel. Notre prévision d'inflation conditionnelle est ainsi pratiquement inchangée à moyen terme et demeure sur toute la période sur laquelle elle porte dans la zone que nous assimilons à la stabilité des prix", a précisé M. Schlegel.
En moyenne annuelle, la prévision d'inflation s'établit à 0,2% pour 2025, 0,3% pour 2026 et 0,6% pour 2027. Conditionnées au maintien du taux directeur à 0,00% sur toute la période couverte, ces projections s'inscrivent dans la plage de stabilité des prix définie par la BNS, entre 0,0% et 2,0%.
Par ailleurs, la BNS continuera d'utiliser un autre outil que celui des taux: les interventions sur le marché des devises. "Nous restons disposés à être actifs au besoin sur le marché des changes", a confirmé M. Schlegel.
Conjoncture mondiale meilleure qu'attendu
Au troisième trimestre, la croissance de l'économie mondiale a été plus forte que prévu, en dépit des droits de douane américains et de l'incertitude entourant les politiques commerciales. Au cours des prochains trimestre, la progression devrait se poursuivre à un rythme modéré. Elle sera notamment soutenue par la poursuite de l'assouplissement des politiques monétaires durant l'année 2025 et, dans certains pays, par une politique budgétaire plus expansionniste.
Aux États-Unis, l'inflation devrait se maintenir à un niveau relativement élevé encore un certain temps. Dans la zone euro, en revanche, elle devrait demeurer proche de l'objectif visé.
En Suisse, le produit intérieur brut (PIB) a reculé au cours du troisième trimestre, entravé par une évolution négative dans l'industrie pharmaceutique. Cette branche avait en effet connu une forte création de valeur au premier trimestre, car des exportations vers les États-Unis avaient été avancées dans le temps en prévision d'éventuels droits de douane. Il en a résulté une évolution inverse au deuxième trimestre, qui s'est poursuivie au troisième.
Les perspectives économiques de la Suisse se sont malgré tout quelque peu améliorées à la suite de la baisse des droits de douane américains et en raison d'une légère embellie de la conjoncture mondiale. La BNS table sur un accroissement du PIB de près de 1,5% pour 2025. Pour 2026, nous nous attendons à une croissance d'environ 1%. Dans ce contexte, il est probable que le chômage continue d'augmenter quelque peu.
La plupart des économistes soulignent que le statu quo était largement attendu et devrait perdurer. Les avis divergent toutefois quant à l'éventualité d'un retour aux négatifs. "La BNS a clairement indiqué à plusieurs reprises que le seuil pour une réintroduction des taux d'intérêt négatifs était nettement plus élevé" qu'auparavant, a souligné Fredy Hasenmaile, chef économiste de Raiffeisen.
Pour le spécialiste, il est impossible d'exclure un nouvel abaissement, mais il répondrait à une détérioration conjoncturelle significative, comme un nouveau choc du franc. Tant que la Banque centrale européenne maintiendra sa politique monétaire à des niveaux "confortables", la devise helvétique restera peu attrayante comme placement.
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