L'hospitalisation de deux semaines de M. Ueda l'empêchera de participer à la réunion de politique monétaire des 15 et 16 juin, au cours de laquelle la BOJ devrait relever ses taux directeurs. Si les décideurs affirment que la décision elle-même ne fait aucun doute, son absence risque de compliquer la communication à un instant où la banque centrale doit faire preuve de fermeté et d'unité pour mener à bien un resserrement monétaire durable dans les mois à venir.
Les analystes et les responsables officiels minimisent l'impact immédiat, soulignant que Kazuo Ueda devrait reprendre ses fonctions en juillet et continuer à travailler à distance durant son hospitalisation. Le secrétaire général du Cabinet, Minoru Kihara, a déclaré jeudi lors d'un point de presse que la conduite de la politique de la banque centrale et la coordination avec le gouvernement ne seraient pas affectées.
M. Ueda, âgé de 74 ans, devrait rester hospitalisé environ deux semaines pour le traitement d'un kyste hépatique infecté. Il travaillera à distance et assistera à la prochaine réunion de politique monétaire des 30 et 31 juillet, a précisé la banque centrale.
Néanmoins, l'incertitude à la tête de l'institution, même temporaire, pourrait mettre la BOJ à l'épreuve alors qu'elle adopte une posture plus restrictive (« hawkish ») face à l'inflation — exacerbée par les pressions sur les prix mondiaux liées au conflit en Iran — tout en naviguant entre la méfiance politique face à la hausse des coûts d'emprunt et le scepticisme des marchés quant à l'ampleur et au rythme du resserrement.
« L'absence du gouverneur à une seule réunion de politique monétaire ne causera pas de problèmes majeurs. Mais si cela devait se prolonger, la situation serait différente », a déclaré Takahide Kiuchi, ancien membre du conseil des gouverneurs de la BOJ.
« Alors que les marchés scrutent les divergences au sein du conseil, son absence pourrait soulever des questions sur son leadership. »
Cette inquiétude est renforcée par le sentiment que Kazuo Ueda s'est montré plus prudent que certains de ses collègues. En son absence, l'attention pourrait se porter sur un éventuel gain d'influence des membres les plus partisans de la rigueur, ou sur le risque que l'absence d'une voix de référence ne mette à nu les divisions internes.
L'hospitalisation du gouverneur fait suite à celle du vice-gouverneur Shinichi Uchida, sorti de l'hôpital le mois dernier après avoir été traité pour une leucémie.
LE DÉFI DE LA COMMUNICATION
La décision de politique monétaire de la semaine prochaine semble largement actée. La semaine dernière, M. Ueda a signalé qu'il était prêt à porter le taux directeur de 0,75 % à 1 %, un mouvement largement considéré comme soutenu par un conseil de plus en plus favorable à un durcissement monétaire.
Toutefois, cela pourrait compliquer le message de la BOJ, car c'est M. Uchida qui assurera le point de presse après la décision. Ce dispositif inhabituel obligera les investisseurs à analyser non seulement le contenu du message, mais aussi la personnalité du messager.
Pour une banque centrale qui s'efforce de guider prudemment les anticipations, ce changement ajoute une dose d'ambiguïté.
« Même si la communication d'Uchida diffère par ses nuances de celle d'Ueda, il sera difficile de déterminer si cela est dû au tempérament du vice-gouverneur ou à un changement de réflexion de la BOJ », explique Tsuyoshi Ueno, économiste senior au NLI Research Institute.
Mari Iwashita, responsable de la stratégie de taux chez Nomura Securities, s'attend à ce que la BOJ s'abstienne d'envoyer des signaux clairs sur la trajectoire future des taux.
« Compte tenu de l'incertitude sur le temps nécessaire au rétablissement complet du gouverneur, il devient également plus flou de savoir si la BOJ procédera à une nouvelle hausse cette année », précise-t-elle.
LE FACTEUR TAKAICHI DANS L'ÉQUATION DE LA BOJ
Pour l'heure, les analystes jugent peu probable une démission de Kazuo Ueda avant la fin de son mandat de cinq ans en avril 2028. En vertu de la loi japonaise, un gouverneur de la banque centrale ne peut être contraint à la démission.
Cependant, cet épisode a relancé une question plus vaste : celle de savoir si les exigences du poste, entre les déplacements incessants et le contrôle parlementaire, pourraient finir par peser sur sa capacité à diriger.
M. Uchida assurerait l'intérim en cas de départ de M. Ueda, après quoi le gouvernement choisirait un successeur.
Un tel scénario pourrait offrir à la Première ministre Sanae Takaichi, réputée favorable à une politique accommodante, l'opportunité d'orienter la banque centrale dans une direction plus souple (« dovish »).
Les mandats des deux vice-gouverneurs, Shinichi Uchida et Ryozo Himino, expireront un mois avant celui de Kazuo Ueda.
Même si M. Ueda allait au bout de son mandat, la perspective d'une administration prônant la souplesse monétaire influençant les prochaines nominations pourrait exercer une pression subtile sur la banque centrale, l'incitant à la prudence, estiment certains analystes.
Un test crucial interviendra en juillet prochain, lorsque les mandats de deux membres « faucons » du conseil (qui en compte neuf) arriveront à échéance, offrant à Mme Takaichi l'occasion de pourvoir ces postes.
« Le remaniement du personnel l'année prochaine pourrait bouleverser l'équilibre entre colombes et faucons au sein du conseil. La BOJ pourrait avoir du mal à prendre des mesures susceptibles de s'attirer les foudres du gouvernement », analyse M. Ueno de NLI.
« Face à une telle pression, la BOJ pourrait ne pas être en mesure de relever à nouveau ses taux d'ici la fin de l'année. »




















