Le moral des ménages américains à l'égard de l'économie s'effondre à des niveaux historiquement bas. Une inflation au plus haut depuis quatre ans exacerbe le risque politique pour le président Donald Trump, dont certains membres de l'administration craignent qu'il n'ait perdu de vue les problèmes de pouvoir d'achat au profit de la guerre contre l'Iran.

Peu de sujets résonnent aussi profondément chez les électeurs que la hausse des prix. Cette dernière poussée inflationniste inquiète les cercles d'initiés de la Maison Blanche, qui redoutent ses conséquences pour le Parti républicain lors des élections de mi-mandat, prévues dans moins de sept mois.

Depuis des mois, les parlementaires républicains et les hauts conseillers de la Maison Blanche pressent Donald Trump de se recentrer sur l'économie, première préoccupation des Américains. Le président peine toutefois à témoigner de son empathie face aux difficultés des ménages et a répété à maintes reprises avoir vaincu l'inflation, en dépit des statistiques officielles. Les données du département du Travail publiées vendredi montrent une envolée des prix en mars, premier mois complet du conflit lancé par les États-Unis et Israël contre l'Iran le 28 février. Cette offensive a conduit Téhéran à bloquer le passage d'un cinquième de l'approvisionnement mondial de pétrole dans le détroit stratégique d'Ormuz.

Le choc pétrolier qui en a résulté a provoqué une hausse record des prix de l'essence aux États-Unis, selon le Bureau of Labor Statistics. L'inflation globale a ainsi progressé à un rythme inédit depuis juin 2022, période où la flambée des prix post-pandémie avait atteint son apogée, ruinant les perspectives politiques de l'ancien président Joe Biden. Parallèlement, la confiance des ménages a plongé : l'indice de référence de l'Université du Michigan a glissé vers un plus bas historique au début du mois d'avril.

"Toutes les catégories démographiques, quels que soient l'âge, le revenu ou l'appartenance politique, affichent un recul du moral, tout comme chaque composante de l'indice, ce qui témoigne du caractère généralisé de la chute ce mois-ci", a déclaré Joanne Hsu, directrice de l'enquête, dans un communiqué.

Et ce ne sont pas seulement les détracteurs démocrates habituels de Trump qui fustigent l'état actuel de l'économie. Le déclin le plus marqué a été enregistré chez les sondés se déclarant républicains. Leur score de confiance avoisine désormais son niveau le plus bas depuis le retour de Trump au pouvoir en janvier 2025, lui qui avait reconquis la Maison Blanche en promettant de réduire les prix élevés ayant plombé la majeure partie de la présidence Biden. De fait, certains hauts responsables de l'administration, dont la chef de cabinet de la Maison Blanche Susie Wiles, s'alarment de voir que trop peu d'efforts sont consacrés à la lutte contre la vie chère.

Susie Wiles a exhorté en privé les conseillers à se montrer plus explicites sur les retombées économiques et politiques négatives de la guerre, a confié à Reuters un responsable de la Maison Blanche sous couvert d'anonymat.

Au-delà de l'enquête de l'Université du Michigan, les sondages d'opinion montrent que les Américains perdent de plus en plus confiance dans la gestion économique de Trump. Selon les analystes politiques, cela pourrait nuire au Parti républicain, qui lutte pour conserver ses minces majorit&és au Congrès en novembre prochain.

"Le président Trump a toujours été clair sur les perturbations à court terme résultant de l'Opération Epic Fury, perturbations que l'administration s'efforce de réduire avec diligence", a déclaré vendredi le porte-parole de la Maison Blanche, Kush Desai, sur les réseaux sociaux. "Les prix des oeufs, du boeuf, des médicaments sur ordonnance, des produits laitiers et d'autres produits de base sont en baisse ou restent stables grâce aux politiques du président Trump."

En effet, les prix alimentaires sont restés inchangés le mois dernier et le prix des oeufs a chuté de 45% sur un an, un record historique que Donald Trump cite fréquemment.

Toutefois, les économistes craignent que les coûts de l'énergie ne finissent par alimenter une dérive inflationniste plus large s'ils restent élevés trop longtemps, à moins qu'un accord avec l'Iran ne permette de rouvrir le détroit et de rétablir les flux pétroliers.

Le prix du diesel, qui se situe à moins de 20 cents du gallon de son record historique, constitue un poste de dépense critique pour les transporteurs et les agriculteurs. Ces coûts pourraient bientôt être répercutés sur les consommateurs sous la forme d'une nouvelle hausse des prix alimentaires.