Les banques américaines font face mardi à un test politique délicat sur la manière de réagir à l'appel du président Donald Trump visant à plafonner les taux d'intérêt des cartes de crédit, plongeant l'industrie financière dans l'incertitude quant à la marche à suivre, selon plusieurs sources du secteur.
Donald Trump a annoncé le 10 janvier son intention d'imposer, à compter du 20 janvier, un plafonnement d'un an des taux d'intérêt des cartes de crédit à 10 %. Cette annonce a fait chuter les cours en Bourse et poussé les banques à avertir que la mesure pourrait limiter l'accès au crédit pour les consommateurs. Cependant, la Maison Blanche n'a pas précisé comment ce projet serait concrètement mis en œuvre ni comment il serait appliqué dès cette date.
Un tel changement, jugé radical, ne pourrait vraisemblablement pas être imposé par simple décret présidentiel ou via les régulateurs financiers, mais nécessiterait une législation du Congrès, où des tentatives similaires ont déjà échoué par le passé, selon des experts réglementaires et analystes.
Kevin Hassett, conseiller économique à la Maison Blanche, a récemment évoqué sur la chaîne Fox Business Network, lors de l'émission « Mornings with Maria », l'idée de « Trump cards » que les banques proposeraient volontairement, plutôt que d'y être contraintes par une nouvelle loi.
Vendredi, Bloomberg a rapporté que la Maison Blanche étudiait la possibilité d'utiliser un acte exécutif, citant des sources proches du dossier.
L'absence de directives claires laisse les banques dans l'embarras à la veille de mardi. Certains analystes estiment que le secteur pourrait chercher un compromis, en proposant de nouveaux produits avec des taux plus bas mais aussi des avantages réduits.
AUCUNE OBLIGATION DE SE CONFORMER
Les banques s'interrogent sur ce qui pourrait se passer ce jour-là, alors qu'aucune obligation légale ou réglementaire n'était en vigueur vendredi, selon un cadre d'une grande banque ayant requis l'anonymat en raison de la sensibilité du sujet.
Cette personne, ainsi qu'un autre acteur du secteur des cartes de crédit, ont indiqué que l'industrie était en discussion avec l'administration afin d'obtenir des clarifications. Malgré l'incertitude sur la manière dont la mesure serait appliquée, les prêteurs prennent la directive de Trump au sérieux, selon une troisième source du secteur.
L'annonce a en effet pris de court la sphère financière la semaine dernière. Suite à cela, une banque a préparé son PDG en prévision d'un appel d'un responsable de l'administration, selon la même source bancaire.
« Je pense qu'un dialogue va se poursuivre entre le secteur et l'administration, » estime Stephen Biggar, analyste bancaire chez Argus Research, tout en restant incertain sur l'issue de la situation mardi.
Depuis des années, le secteur financier s'oppose à des projets de loi au Congrès visant à plafonner les taux des cartes de crédit, et sa position n'a pas changé, affirme une quatrième source au sein d'une organisation professionnelle, précisant que les banques comptaient intensifier leur lobbying contre la proposition dans les semaines à venir.
L'annonce de Donald Trump est perçue comme une réponse aux inquiétudes des électeurs sur le coût de la vie, à l'approche des élections législatives cette année, renouant ainsi avec l'une de ses promesses de campagne présidentielle.
« Le président a clairement l'attente... que les sociétés de cartes de crédit mettent en œuvre cette mesure », a déclaré jeudi la porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, à la presse. « Je n'ai pas de conséquence précise à vous décrire, mais il s'agit bien d'une attente, et, pour être franche, d'une exigence du président. »
Kevin Hassett a indiqué vendredi que l'administration discutait avec les PDG des grandes banques sur la manière d'accorder du crédit à des emprunteurs aujourd'hui exclus mais qui pourraient pourtant être éligibles.
Un responsable de la Maison Blanche a affirmé que l'administration Trump étudiait toutes les options possibles pour répondre à la crise du pouvoir d'achat qu'elle attribue à l'administration Biden.
PISTES DE SOLUTION
Les cartes de crédit sont extrêmement rentables, et un plafonnement pourrait impacter les perspectives de bénéfices futurs des grandes banques et des émetteurs de cartes, selon David Krakauer, vice-président de la gestion de portefeuille chez Mercer Advisors.
Les émetteurs de cartes pourraient adopter une posture conciliante avec des offres innovantes, telles que des taux plus bas pour certains clients, ou des cartes sans avantages, plafonnées à 10 % mais avec des limites de crédit plus faibles, avancent des analystes. Certaines banques, comme Bank of America, proposent déjà ce type de cartes.
« Les banques pourraient proposer une nouvelle carte ou une ligne de crédit à un taux avoisinant les 10 %, mais avec des caractéristiques probablement moins avantageuses », explique Moshe Orenbuch, directeur général chez TD Cowen.
Si les banques peuvent s'opposer à la mesure, leur marge de manœuvre reste limitée, estime Brian Mulberry, gestionnaire de portefeuille senior chez Zacks Investment Management, détenant plusieurs actions bancaires à grande capitalisation.
« L'instabilité de la politique risque de provoquer une volatilité des marchés tant qu'une voie claire ne sera pas définie pour les banques et les régulateurs. »




















