Paris (awp/afp) - Les Bourses mondiales digèrent mardi les menaces judiciaires qui pèsent contre la Réserve fédérale américaine (Fed) et son président, faisant craindre pour l'indépendance de l'institution.

En Europe, dans les premiers échanges, la Bourse de Paris cédait 0,26% quand Francfort (-0,03%), Londres (+0,02%) et Milan (-0,01%) restaient à l'équilibre.

Les Bourses asiatiques restaient plus optimistes, le Kospi à Séoul terminant en hausse de 1,47% et le Hang Seng de Hong Kong gagnant 0,78% dans les derniers échanges, alors que le Nikkei à Tokyo a bondi de 3,1%.

Des personnalités américaines de tous bords ont défendu lundi avec force l'indépendance de la banque centrale des Etats-Unis, selon elles menacée par une tentative de déstabilisation inédite du gouvernement Trump, expliquant la réaction mesurée des marchés financiers.

En rendant publique dimanche soir une procédure lancée à son encontre par le ministère américain de la Justice, le président de la Fed Jerome Powell a en effet déclenché une foule de marques de soutien.

Ses prédécesseurs à la Fed ont dénoncé une instrumentalisation de la justice "sans précédent" visant à "saper l'indépendance" de l'institution monétaire.

Une telle démarche "n'a pas sa place aux Etats-Unis", ont affirmé dans un communiqué Alan Greenspan, Ben Bernanke et Janet Yellen, associés à d'autres personnalités économiques de premier plan.

Pour Jim Reid, économiste à la Deutsche Bank, les marchés résistent surtout en raison de "l'opposition de plusieurs sénateurs républicains à l'initiative de Trump, ce qui soulève des doutes quant au succès de toute tentative visant à affaiblir l'indépendance de la Fed."

"Les enjeux sont trop élevés pour fermer les yeux: si la Réserve fédérale perd son indépendance, la stabilité de nos marchés et de l'économie dans son ensemble en souffrira", a écrit la sénatrice de l'Alaska Lisa Murkowski sur X. Comme son collègue Tom Tillis, elle prévient qu'elle n'adoubera aucun candidat de Donald Trump à un poste au sommet de la Fed tant que cette affaire perdurera.

M. Powell avait annoncé dimanche que l'institution, qui subit les coups de pression de Donald Trump depuis plusieurs mois pour adopter une politique monétaire plus souple, était visée par une procédure du ministère de la Justice, pouvant aboutir à des poursuites pénales à son encontre.

Le président de la Fed "s'est défendu et a clairement indiqué que ces accusations avaient davantage à voir avec la frustration de Trump face au fait que la Fed ne baisse pas les taux d'intérêt au rythme qu'il souhaite - un rythme qui servirait mieux ses ambitions politiques", souligne Ipek Ozkardeskaya, analyste chez Swissquote.

L'or et l'argent au sommet

"Outre les inquiétudes croissantes des investisseurs concernant une possible dépréciation monétaire et une inflation future", ces hausses des cours s'expliquent aussi "par l'incertitude géopolitique persistante", relève Jim Reid.

Donald Trump a menacé lundi les partenaires commerciaux de l'Iran de sanctions douanières au moment où, selon une ONG, le bilan de la répression des manifestations contre le pouvoir dépasse les 600 morts.

Selon la Maison Blanche, des frappes aériennes pour mettre fin à la répression du mouvement sont toujours sur la table.

Après avoir touché lundi son plus haut historique à plus de 4630 dollars l'once, l'or se stabilisait à 4583 dollars vers 08H15 GMT.

L'argent, qui a aussi enregistré un nouveau record lundi, à près de 86,25 dollars l'once, s'établissait à 85,10 dollars.

Les actions japonaises brillent

La Bourse tokyoïte s'est envolée à l'issue d'un week-end prolongé durant lequel plusieurs médias nippons ont rapporté que la Première ministre Sanae Takaichi envisageait une dissolution de la chambre basse du Parlement dès le 23 janvier avec des élections dans les semaines suivantes.

L'indice vedette Nikkei a terminé en forte hausse de 3,10% et l'indice élargi Topix de 2,41%.

Sa coalition n'est actuellement que très légèrement majoritaire. "Une victoire nette pourrait ouvrir la voie à un soutien budgétaire plus important, donnant naissance à ce que certains appellent déjà le +rallye Takaichi+", note Ipek Ozkardeskaya.

"La fièvre électorale" pèse cependant sur le yen, pointe Jim Reid, la devise nippone pâtissant des inquiétudes sur l'alourdissement d'une dette nationale déjà pharaonique.

Vers 08H15 GMT, le yen lâchait 0,47% face au billet vert, à 158,89 yens pour un dollar.

afp/jh