Paris (awp/afp) - Les Bourses mondiales reculaient nettement mardi sur fond de vives tensions entre Bruxelles et Washington, le président américain Donald Trump brandissant la menace de droits de douane contre les Etats européens opposés à son projet d'annexion du Groenland.

A la Bourse de New York, le S&P 500 cédait 1,25%, le Nasdaq 1,51% et le Dow Jones 1,15% peu après l'ouverture. En Europe, Paris lâchait 0,93%, Francfort 1,17%, Milan 1,18%, Madrid 1,44% et Londres 0,94%. La Bourse suisse perdait quant à elle 1,06% peu après 16h00.

"La nervosité grimpe sur les marchés financiers mondiaux avec l'escalade autour du Groenland", explique Alexandre Baradez, responsable de l'analyse marchés chez IG France. Les tensions entre Américains et Européens sont montées d'un cran au cours du week-end après que Donald Trump a menacé huit pays européens de nouvelles surtaxes douanières en raison de leurs prises de position sur le Groenland, un territoire autonome appartenant au Danemark.

Le président américain justifie son projet d'annexion en invoquant des motifs de sécurité face aux Russes et aux Chinois. "Les marchés réagissent à la baisse mais il existe clairement un potentiel de mouvements plus marqués si la rhétorique américaine venait à s'intensifier", estiment les économistes de Deutsche Bank.

L'Europe devra "bien sûr riposter" en cas de guerre commerciale, a quant à elle déclaré mardi la Première ministre du Danemark. La nervosité des acteurs du marché s'accroît et se traduit par la hausse des cours des métaux précieux, valeurs refuges, propulsant l'or à un niveau record de 4.750,94 dollars, tout comme l'argent, à 95,51 dollars l'once.

"Nouvel engrenage"

Ces nouvelles menaces "font ressurgir la crainte d'un nouvel engrenage que l'on pensait derrière nous", et "ravive la tendance +sell America+ (vente des actifs américain, NDLR), relèvent les analystes de Natixis. Après l'annonce par Donald Trump début avril de surtaxes douanières massives contre les partenaires des Etats-Unis, les marchés ont connu des mouvements de ventes de certains actifs liées aux Etats-Unis, comme les Bons du Trésor américain ou le dollar, pourtant longtemps considérés comme des valeurs refuges.

Mardi, le billet vert reculait de 0,66% face à la monnaie unique européenne, à 1,1723 dollar pour un euro. Le taux d'intérêt de l'emprunt à dix ans des Etats-Unis grimpait, vers 15h40, à 4,29%, contre 4,22% vendredi lors de la dernière clôture.

C'est le "signe que les investisseurs ont décidé d'adopter une posture plus prudente face aux actifs américains alors qu'aucun signe réel de désescalade n'est encore visible", relève Alexandre Baradez. Le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, a toutefois réfuté mardi à Davos l'hypothèse que les Européens puissent mettre en place des rétorsions financières et se débarrasser de leurs bons du Trésor américain, qu'ils détiennent massivement.

Lors d'un point presse, il a fait observer que le marché de la dette américaine "est le marché le plus liquide et c'est la base de toutes les transactions financières". "Je suis sûr que les Européens vont continuer à en détenir", a-t-il dit. Sur le Vieux Continent, le rendement de l'emprunt allemand, référence en Europe, évoluait aussi en hausse, à 2,86%, contre 2,84% à la clôture lundi.

Les vins et champagnes français menacés

Le président américain a menacé mardi d'imposer des droits de douane de 200% sur les vins et champagnes français en réponse au refus de son homologue français Emmanuel Macron de rejoindre son "Conseil de paix", qui s'octroie la mission de "promouvoir la stabilité" dans le monde. Les valeurs du secteur cotées à Paris réagissaient toutefois peu à Paris: Remy Cointreau cédait 0,41%, Laurent-Perrier 0,66%, tandis que Pernod Ricard s'octroyait 0,41%.

Les valeurs exportatrices sont en revanche lestées, à l'instar du luxe. LVMH (qui détient Moët Hennessy, sa filière champagne) perdait 2,52%, Hermès 1,89% et Kering 2,65% à Paris. A Londres, Burberry cédait 2,43%, Richemont 1,24% à Zurich, Moncler 1,40% à Milan.

afp/vj