Paris (awp/afp) - Les Bourses mondiales cèdent du terrain mercredi, sous pression après les menaces de droits de douane du président américain Donald Trump contre les pays européens opposés à son projet d'annexion du Groenland.

Vers 13H00 GMT, la Bourse de Paris perdait 0,41%, Francfort lâchait 1,14%, Londres 0,29%, Milan 1,29% et Zurich 0,76%.

A la Bourse de Tokyo, l'indice vedette Nikkei a reculé de 0,40% en clôture. La Bourse de Séoul a résisté (+0,49%), mais Taipei a lâché 1,62% et Sydney 0,37%.

A Wall Street enfin, les contrats à terme des principaux indices laissaient présager une ouverture en petite baisse: le Nasdaq perdait 0,28%, le S&P 500 0,12% et le Dow Jones 0,17%.

"Les investisseurs attend(ent) le discours du président Donald Trump à Davos", résume Fawad Razaqzada, analyste de marché pour Forex.com. Son discours est prévu à 14H30 (13H30 GMT) selon le programme initial.

Le président américain est arrivé mercredi en Suisse pour participer au Forum économique mondial de Davos dans un climat rendu électrique par sa volonté d'annexer le Groenland au risque de faire éclater l'alliance transatlantique.

"La question clé pour les marchés est de savoir s'il choisira d'apaiser les tensions croissantes avec l'Europe", explique M. Razaqzada.

Interrogé sur les extrémités jusqu'auxquelles il était prêt à aller pour en prendre le contrôle aux dépens du Danemark, membre de l'Otan, Donald Trump répondu: "vous verrez bien".

Il a accentué la pression en menaçant d'imposer de nouveaux droits de douane allant jusqu'à 25% à huit pays européens pour leur soutien au Danemark, ce qui a incité l'Europe à menacer les Etats-Unis de représailles.

La présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a appelé l'Europe à rompre avec sa "prudence traditionnelle" face aux défis d'un monde "de plus en plus anarchique" et défini par la "puissance brute".

La France a demandé un "exercice de l'Otan au Groenland" et est "prête à y contribuer", a annoncé l'Elysée.

"Malgré tout le bruit géopolitique, nous ne sommes pas encore en situation de panique généralisée", tempère Fawad Razaqzada. "Il subsiste un certain espoir que Trump adopte un ton plus conciliant."

"En revanche, s'il durcit encore son discours, cela pourrait commencer à inquiéter les investisseurs de manière bien plus marquée que jusqu'à présent", estime-t-il. Si le "bloc (européen) venait à s'opposer à ses ambitions sur le Groenland", la situation évoluerait "rapidement vers un bras de fer transatlantique inédit depuis des décennies".

Pour Christopher Dembik, conseiller en stratégie d'investissement chez Pictet AM, "l'administration Trump nous a habitués à des coups d'éclat. À la fin, l'impact est gérable pour les marchés."

L'or au sommet

"Les décisions politiques erratiques du président au cours des premières semaines de l'année ont déclenché une ruée vers l'or, valeur refuge, qui a atteint un nouveau record mercredi à 4.888,42 dollars l'once, relève Kathleen Brooks, directrice de la recherche chez XTB.

Vers 13H00 GMT, l'once d'or gagnait 2,10% à 4.863,36 dollars. Depuis le début de l'année, le métal précieux a déjà grimpé de 12%.

"Nous nous attendons à ce que les actions évoluent sans tendance marquée et que l'or reste à des niveaux élevés (...) dans l'attente du discours de Donald Trump", poursuit Mme Brooks.

La dette japonaise sous les projecteurs

"Outre les nouvelles menaces de Donald Trump, les turbulences sur le marché obligataire japonais ont également joué un rôle majeur" mercredi, note M. Razaqzada.

Les rendements des obligations souveraines japonaises reculaient mercredi, reprenant leur souffle après s'être envolés la veille à des niveaux records "dans un contexte où la Première ministre japonaise Sanae Takaichi a confirmé la tenue d'élections anticipées le 8 février dans l'espoir de consolider son pouvoir et d'injecter davantage d'argent public dans l'économie japonaise", explique Ipek Ozkardeskaya, analyste chez Swissquote.

La perspective des allègements fiscaux (suppression d'une taxe sur les ventes de produits alimentaires) promis par la Première ministre Sanae Takaichi, à trois semaines d'élections anticipées au Japon, ravive les craintes de dérapage budgétaire dans un pays déjà lourdement endetté.

Les taux à 30 ans retombaient mercredi à 3,70%, contre un pic historique à 3,85% la veille. Les taux à dix ans glissaient à 2,277% après s'être hissés mardi à 2,343%.

afp/al