Paris (awp/afp) - Les marchés mondiaux sont secoués vendredi par le retour des craintes inflationnistes, la rencontre entre Donald Trump et Xi Jinping n'ayant pas apaisé les préoccupations liées au conflit au Moyen-Orient, provoquant une flambée des taux d'intérêt et une forte baisse des Bourses mondiales.
En Europe, vers 15H45 GMT, le taux d'intérêt de la dette allemande à échéance dix ans, référence sur le continent, grimpait à près de 3,16%, peu après avoir touché un plus haut depuis 2011, contre 3,04% la veille en clôture.
Son équivalent français s'établissait à 3,80%, contre 3,66% en clôture jeudi.
Le rendement de l'emprunt britannique à dix ans bondissait de 4,99% jeudi à 5,17% vendredi, après avoir culminé à un plus haut depuis 2008. Une dynamique renforcée par la crise qui secoue l'exécutif de Keir Starmer, chef du gouvernement travailliste au Royaume-Uni, depuis sa défaite aux élections locales.
Le taux britannique à trente ans était au plus haut depuis 1998, s'affichant à 5,85% contre 5,65% jeudi, soit un écart de 0,20 point de pourcentage, une très forte variation sur ce marché.
Aux Etats-Unis, le taux d'emprunt à dix ans s'établissait à 4,58%, contre 4,48% la veille.
Pour Fawad Razaqzada, analyste de marché, chez Forex.com, cette flambée des rendements obligataires à travers le monde s'explique par le fait que "beaucoup d'espoirs reposaient sur la rencontre Trump-Xi, avec l'attente qu'elle puisse produire quelques annonces constructives - peut-être également sur l'Iran. (...)Mais cela ne s'est pas matérialisé".
Le président américain s'est contenté d'évoquer des propos encourageants de Xi Jinping, assurant que la Chine ne fournirait pas d'armes à Téhéran et qu'elle pourrait contribuer à la réouverture du stratégique détroit d'Ormuz.
Le blocage du détroit au large de l'Iran provoque depuis le début de la guerre au Moyen-Orient une flambée des cours du pétrole, qui commence à se répercuter sur les prix partout dans le monde.
Les prix du pétrole poursuivent d'ailleurs leur hausse vendredi, le baril de Brent de la mer du Nord gagnant 3,05%, à 108,94 dollars, et celui de son équivalent américain, le WTI, prenant 3,50%, à 104,71 dollars.
Avec la flambée des coûts de l'énergie, les investisseurs continuent "de faire face aux préoccupations liées à l'inflation et à la stagflation", mélange de croissance économique ralentie et de hausse des prix, a souligné M. Razaqzada.
"Un baril durablement élevé pousse les anticipations d'inflation à la hausse, possiblement vers des niveaux très supérieurs à ceux envisagés en début d'année", a résumé Florian Ielpo, analyste de Lombard Odier.
Cette remontée de l'inflation "modifie la lecture des banques centrales: les baisses de taux attendues en début d'année ont largement disparu, et le marché anticipe désormais des politiques monétaires inchangées plus longtemps, voire marginalement plus restrictives", a-t-il ajouté.
Les Bourses flanchent de concert
"Les marchés actions prolongent leurs pertes" dans un climat de forte aversion pour le risque, a commenté Neil Wilson, analyste de Saxo Markets.
En Europe, la Bourse de Paris a terminé en recul de 1,60%, Francfort de 2,07%, Londres de 1,71% et Milan de 1,87%. Seule Zurich (+0,05%) a sorti son épingle du jeu.
A Wall Street également, le Dow Jones lâchait 0,89%, le Nasdaq - à forte coloration technologique - perdait 1,12% et l'indice élargi S&P 500 se repliait de 0,87% vers 15H45 GMT.
Les grands noms du secteur technologique et des semi-conducteurs, qui avaient bondi ces dernières semaines, souffrent vendredi de prises de bénéfices.
A Paris, STMicroelectronics a perdu 4,22%. A Francfort, Infineon a abandonné 4,23%. A Amsterdam, ASML a lâché 4,42%.
A New York, vers 15H45 GMT, le géant Nvidia se repliait de 2,99%, AMD perdait 3,30%, Micron chutait de 5,04% et Intel de 6,10%.
Risque politique au Royaume-Uni
Le Premier ministre britannique Keir Starmer est toujours en place à Downing Street, mais son autorité est en lambeaux et la guerre de succession, qui s'annonce longue, a commencé au Labour pour tenter de l'évincer.
Entre flambée des taux d'emprunts britanniques et indice boursier londonien en forte baisse, "le message envoyé par le marché est clair", a relevé Neil Wilson.
"Une profonde anxiété règne face à la perspective du retour d'Andy Burnham comme député et de sa possible victoire contre Keir Starmer pour devenir le prochain Premier ministre du Royaume-Uni, avec des attentes de hausse des impôts, des dépenses publiques et de l'endettement au coeur des préoccupations", a-t-il expliqué L'analyste de Saxo Markets.
Sur le marché des changes, la livre sterling cédait 0,60% face au billet vert à 1,3323 dollar pour une livre.
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