Le Telangana, premier État consommateur de bière du pays en volume, impose aux entreprises de boissons alcoolisées — à l'instar de nombreux autres gouvernements locaux en Inde — de fournir exclusivement des entrepôts publics. Ces derniers revendent ensuite aux détaillants, obligeant ainsi les industriels à dépendre des autorités étatiques pour le règlement de leurs factures.
Ce système pèse depuis longtemps sur les relations avec les grands groupes de spiritueux. L'année dernière, les autorités du Telangana avaient reconnu l'existence de dettes envers ces entreprises, sans toutefois justifier les retards de paiement.
Selon les représentants du secteur, le gouvernement de l'État a commencé ce mois-ci à régler par anticipation les nouvelles factures, tandis que les dettes anciennes continuent de s'accumuler. Contractuellement, les paiements anticipés peuvent être effectués à un taux légèrement inférieur, mais cela nécessite l'accord des entreprises. Ces dernières affirment que le gouvernement agit de manière unilatérale.
Vendredi, la Brewers Association of India, la Confederation of Indian Alcoholic Beverage Companies et l'International Spirits and Wines Association of India (ISWAI), qui représentent ensemble 80 % du marché indien des spiritueux, de la bière et du vin, ont publié un communiqué commun exprimant leurs inquiétudes face au risque de créances irrécouvrables.
RISQUE DE CRÉANCES IRRÉCOUVRABLES ?
« Les anciens impayés pourraient ne jamais être réglés et se transformer avec le temps en créances irrécouvrables, créant ainsi une charge financière massive et un risque pour l'industrie », ont déclaré les groupements. Ils ont ajouté que le fait de ne pas apurer les dettes les plus anciennes en priorité constituait un « manquement grave » aux normes comptables.
Le communiqué évalue le montant dû pour la période allant de décembre 2023 à avril 2024 à 37,25 milliards de roupies (soit 392 millions de dollars).
Le gouvernement du Telangana n'a pas répondu aux demandes de commentaires de Reuters, tout comme Diageo, Pernod Ricard, United Breweries (filiale de Heineken), Carlsberg et Anheuser-Busch InBev (AB InBev).
Pour les multinationales, l'Inde reste attractive car c'est l'un des rares marchés où la demande d'alcool est en croissance. Cependant, la rentabilité y est entravée par de nombreux obstacles, notamment une fiscalité élevée, des réglementations disparates selon les États et, désormais, ce conflit sur les paiements.
Pernod Ricard est par ailleurs engagé dans une procédure antitrust et conteste un redressement fiscal de 314 millions de dollars en Inde, tandis qu'Anheuser-Busch InBev fait face à un contentieux lié au droit de la concurrence.


















