Les investisseurs institutionnels ont globalement accru leur exposition à certains fonds de crédit privé, pourtant malmenés par une aversion au risque croissante au cours du premier trimestre, selon une analyse Reuters des documents déposés auprès du gendarme boursier américain.

Les principaux gestionnaires d'actifs alternatifs disposant d'importantes activités de crédit privé, notamment KKR et Blue Owl, ont indiqué ces dernières semaines que les institutionnels manifestaient un regain d'intérêt pour le prêt direct ('direct lending'), un segment du crédit privé qui a fait l'objet d'une surveillance accrue après une série de faillites retentissantes.

Les formulaires 13F, qui constituent l'un des rares moyens d'obtenir un aperçu partiel du positionnement des portefeuilles institutionnels, présentent des données au 31 mars et ne reflètent pas les ajustements de portefeuille intervenus depuis lors.

Reuters a examiné les détentions institutionnelles dans les Business Development Companies (BDC), des véhicules de dette destinés aux investisseurs particuliers mais également accessibles aux institutionnels. Ces derniers ne déclarent que certaines positions, et la majeure partie du crédit privé est logée dans des véhicules non cotés et des comptes gérés ; les 13F ne montrent donc qu'une infime fraction de leur exposition potentielle.

L'examen des déclarations par Reuters montre que 11,5% des plus de 6 000 déclarants ont augmenté leurs positions dans un univers de 45 fonds cotés au cours du trimestre clos le 31 mars 2024. Seuls 3,2% des déclarants ont réduit leurs participations dans l'un ou plusieurs de ces véhicules de crédit privé. Au total, 279 investisseurs institutionnels ont initié de nouvelles lignes dans ce secteur au premier trimestre.

Les rendements du crédit privé se sont toutefois essoufflés, selon les résultats trimestriels récents des grands gérants. Les stratégies de crédit ont basculé en territoire négatif chez KKR et Blue Owl, tandis que les fonds de prêt direct d'Apollo ont affiché un rendement de 0,5%, contre 8,5% sur les 12 derniers mois.

'DES MONTANTS TRÈS FAIBLES' Les gestionnaires d'actifs alternatifs se sont efforcés de collecter des fonds auprès des particuliers fortunés ces dernières années, y voyant un relais de croissance majeur.

Cependant, plusieurs d'entre eux ont souligné lors de récentes conférences téléphoniques avec les analystes un appétit renouvelé des institutionnels pour le crédit privé.

Le co-directeur général de KKR, Scott Nuttall, a évoqué un 'changement au cours des dernières semaines', observant que les institutions 'revenaient un peu vers le prêt direct', estimant que le profil rendement-risque s'améliorait sur les nouvelles transactions.

Il a précisé que le segment de la gestion de fortune ne représentait que 'des montants très faibles dans l'absolu'.

Chez Blue Owl, le directeur financier Alan Kirshenbaum a déclaré que 'les institutions considèrent actuellement que le moment est propice pour s'intéresser au crédit. En fait, certains qui avaient peut-être marqué une pause pourraient très bien faire leur retour.'

De fait, les déclarations 13F ont montré que les acheteurs ont surpassé les vendeurs sur le titre Blue Owl : 10,3% de l'ensemble des institutions ayant soumis leurs rapports à la SEC ont acheté des actions de la société. Sur ce total de 611 acheteurs, plus de la moitié, soit 335, ont initié une nouvelle position dans Blue Owl.