Paris (awp/afp) - Bourses en baisse, pétrole et dollar en hausse, taux directeurs toujours hauts: le blocus des ports iraniens annoncé par les Etats-Unis pour lundi à partir de 14H00 GMT a replongé les marchés mondiaux dans l'incertitude, après l'accalmie de la fin de semaine dernière.
Les Bourses européennes évoluent dans le rouge, sans toutefois céder à la panique. Vers 11H15 GMT, Paris reculait de 0,79%, Francfort perdait 0,96% et Zurich 0,83%, tandis que Londres essuyait des pertes plus modestes (-0,35%).
De l'autre côté de l'Atlantique, les contrats à terme de Wall Street laissaient entrevoir une ouverture en baisse, tandis que côté asiatique, l'indice vedette de la Bourse de Tokyo, le Nikkei, a clôturé en repli de 0,74%.
Cette morosité tranche avec l'optimisme de la semaine dernière, où les marchés boursiers avaient conclu une semaine de net rebond, dans l'attente des négociations entre l'Iran et les Etats-Unis.
Finalement, les négociations au Pakistan n'ont pas abouti ce week-end. L'armée américaine a annoncé dimanche qu'elle imposerait à partir de lundi à 14H00 GMT un blocus aux "navires de toutes nationalités entrant ou sortant des ports et zones côtières iraniens".
Pétrole: "de l'huile sur le feu"
Ce regain de tensions autour du détroit d'Ormuz a provoqué une nouvelle hausse des prix du pétrole, principal indicateur qui rassure, préoccupe ou affole les marchés boursiers.
Vers 11H15 GMT, le baril de West Texas Intermediate (WTI) pour livraison en mai rebondissait de 7,61% à 103,92 dollars. Le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en juin, référence mondiale, s'échangeait à 102,13 dollars, en hausse de 7,28%.
"L'échec des négociations ce week-end entre l'Iran et les Etats-Unis était probable mais la décision de Donald Trump de bloquer le détroit d'Ormuz l'était moins", ont résumé les analystes de Natixis. "Le blocus du détroit vient rajouter de l'huile sur le feu sur les prix des matières premières", ont-ils relevé.
"Pour autant, tout n'a pas été négatif ce week-end, notamment pour l'Europe. En effet, la défaite de Viktor Orban en Hongrie laisse présager une Europe plus forte, unie, une Europe qui en aura bien besoin compte tenu du contexte géopolitique mondial", ont-ils ajouté.
"Le marché a intégré une prime de risque supplémentaire à la suite de l'échec des négociations entre les Américains et les Iraniens. Bonne nouvelle, il n'y a toutefois pas de panique pour l'instant", a jugé Christopher Dembik, conseiller investissement senior chez Pictet (groupe bancaire spécialisé dans la gestion de fortune et d'actifs).
"Plusieurs routes alternatives sont désormais pleinement opérationnelles pour transporter le pétrole. Ce n'est évidemment pas suffisant pour compenser les retombées du blocage du détroit d'Ormuz. Mais cela permet d'apaiser un peu les craintes concernant un choc d'offre pétrolier durable", a-t-il souligné.
Outre le Moyen-Orient, qui accapare leur attention depuis un mois et demi, les investisseurs auront cette semaine aussi un oeil sur les résultat trimestriels des banques américaines.
"Les investisseurs vont tenter un exercice d'équilibriste entre les obstacles géopolitiques et les impulsions microéconomiques", a commenté Andreas Lipkow, analyste de CMC markets.
Le dollar en hausse
Corrélé au prix du pétrole, le dollar progresse lui aussi face aux principales devises.
Vers 10H45 GMT, le dollar prenait 0,30% face à la monnaie unique européenne, à 1,1689 dollar pour un euro, et gagnait 0,24% contre la livre, à 1,3430 dollar.
Le pétrole étant libellé en dollars, pour un même volume acheté, quand les prix du brut augmentent, il faut échanger davantage de sa propre monnaie en devise américaine.
Les taux se maintiennent très hauts
Anticipant des risques d'inflation, les taux d'intérêt restaient élevés sur le marché de la dette des Etats.
Le rendement de la dette allemande à dix ans se maintenait à 3,07%, tout comme son équivalent français (stable à 3,72%). Les taux américains à dix ans affichaient un rendement de 4,33%, contre 4,32% le jour précédent.
Le marché obligataire anticipe un relèvement des taux d'intérêt de la Banque centrale européenne (BCE) pour réduire l'abondance des liquidités qui peuvent nourrir l'inflation.
"En Europe, les taux se sont nettement retendus, les anticipations de politique monétaire devenant plus restrictives. Les tensions géopolitiques et les prix élevés de l'énergie continuent d'alimenter les craintes inflationnistes", a résumé le gestionnaire d'actifs Aurel.
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