Washington (awp/afp) - Chute du pétrole, rebond des Bourses, détente sur les taux: une vague de soulagement a traversé les marchés mondiaux mercredi, au lendemain de l'annonce d'un cessez-le-feu de deux semaines entre les États-Unis et l'Iran.

Cette trêve laisse notamment espérer une reprise du trafic dans le détroit d'Ormuz, par lequel transite un cinquième du brut mondial.

Les prix du pétrole sont ainsi repassés mercredi sous le "seuil psychologique" des 100 dollars le baril, remarque auprès de l'AFP Angelo Kourkafas, d'Edward Jones.

Le prix du baril de Brent de la mer du Nord, pour livraison en juin, a dégringolé de 13,29% à 94,75 dollars en clôture.

Son équivalent américain, le baril de West Texas Intermediate (WTI), pour livraison en mai, a chuté de 16,41% à 94,41 dollars.

Ce cessez-le-feu semble toutefois tenir à un fil: le Pakistan, médiateur, a appelé les parties à la "retenue" après des frappes meurtrières d'Israël au Liban et de nouvelles attaques iraniennes contre des pétromonarchies du Golfe.

Pour Jorge Leon, analyste chez Rystad Energy, même s'il y avait une trêve permanente, les prix de l'or noir ne retomberaient pas sous les 80 dollars de sitôt, car "il y a un important retard logistique dans le détroit d'Ormuz" et "de nombreux dommages sur les infrastructures énergétiques dans la région".

Le prix du gaz a également fortement baissé. Le contrat à terme du TTF néerlandais, considéré comme la référence européenne, a glissé de 14,92% à 45,30 euros.

Les Bourses ravies

L'annonce du "cessez-le-feu a entraîné un changement notable de ton sur les marchés", note Fawad Razaqzada, analyste de marché pour Forex.com, avec un retour fulgurant de l'appétit pour le risque.

A la Bourse de New York, le Dow Jones a gagné 2,85%, l'indice Nasdaq a progressé de 2,80% et l'indice élargi S&P 500 s'est octroyé 2,51%.

En Europe, les places européennes ont terminé sur un fort rebond. La Bourse de Paris s'est envolée de 4,49% et Francfort de 5,06%, quand Madrid a gagné 3,94%, Milan 3,70% et Londres 2,51%. A Zurich, le SMI a pris 2,53%.

"On est typiquement dans un phénomène de FOMO (l'acronyme anglais pour la peur de passer à côté de la bonne affaire, NDLR): les investisseurs reviennent rapidement à l'achat pour ne pas rater le mouvement", souligne Antoine Andreani, analyste marché pour le site de trading en ligne XTB France.

Les compagnies aériennes mondiales ont profité du climat ambiant, à l'image de Delta Air Lines (+3,78% à la fermeture) ou American Airlines (+5,55%) à Wall Street, ou encore Air France/KLM (+11,26%), Ryanair (+10,61%) ou Lufthansa (+10,27%) à la clôture en Europe.

A l'inverse, les compagnies pétrolières ont glissé, Chevron lâchant 4,34%, ExxonMobil 4,70% et ConocoPhillips 4,93% à la Bourse de New York. Equinor (-12,12%), Eni (-5,57%) ou Shell (-4,21%) ont terminé sur une chute en Europe.

"En fonction des gros titres (...) la volatilité pourrait revenir" sur les Bourses mondiales, estime auprès de l'AFP Angelo Kourkafas, d'Edward Jones.

Les taux d'intérêt souverains chutent

L'annonce du cessez-le-feu a provisoirement dissipé les risques d'une réaction en chaîne menant au relèvement des taux d'intérêt et au ralentissement de la croissance.

Libérés de cette menace, les taux d'emprunt des dettes souveraines européennes baissent fortement.

Référence en Europe, le taux d'emprunt de la dette allemande à dix ans est tombé à 2,94% mercredi contre 3,08% la veille, une très forte variation pour ce marché.

Son équivalent français est passé à 3,58% contre 3,78% la veille et le britannique s'est détendu à 4,71% contre 4,90% la veille.

Le dollar perd du terrain

Le dollar reculait nettement mercredi face aux principales devises, pâtissant de la chute brutale du pétrole et d'un appétit pour le risque retrouvé.

Vers 20H40 GMT, le billet vert lâchait 0,59% face à la monnaie unique européenne à 1,1663 dollar pour un euro. Il tombait aussi face à la livre britannique, cédant 0,81% à 1,3400 dollar pour une livre.

Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, le dollar était "soutenu par la hausse des prix du pétrole, la remontée des rendements et la demande de valeur refuge liée aux tensions géopolitiques", résume Stephen Innes, analyste de SPI Asset Management.

afp/rp