Les électeurs français se sont rendus aux urnes ce dimanche pour élire leurs maires, un scrutin scruté de près comme un test de la force de l'extrême droite et de la résilience des partis traditionnels avant l'élection présidentielle de l'année prochaine.

Le vote a débuté à 8 heures (07h00 GMT) et se terminera à 20 heures, les résultats préliminaires devant être publiés peu après.

Dans de nombreuses villes de taille moyenne et grande, un second tour aura lieu le 22 mars.

Les maires dirigent près de 35 000 communes dans le pays, des grandes métropoles aux villages de quelques dizaines d'habitants seulement. Les résultats locaux peuvent façonner la dynamique nationale, d'autant plus à l'approche d'une élection présidentielle que les sondages d'opinion prêtent au Rassemblement National (RN) la possibilité de remporter.

À la mi-journée, la participation était faible, aux alentours de 19 %, soit seulement un point de plus que le taux de participation à la mi-journée lors du premier tour des municipales de 2020, en pleine pandémie de COVID-19. Ce chiffre est également en baisse par rapport aux 23 % de 2014.

UN TEST POUR LE RN

Le RN, parti anti-immigration et eurosceptique, a jusqu'à présent peiné à réaliser des gains significatifs lors des élections municipales.

Avec des candidats dans plusieurs centaines de communes, il espère démontrer sa popularité croissante et décrocher quelques victoires majeures qui donneraient un nouvel élan à sa campagne présidentielle.

« Si les Marseillais font un choix courageux... cela encouragera et éclairera les Français sur le choix qu'ils feront l'année prochaine », a déclaré à Reuters Franck Allisio, candidat du RN dans la deuxième ville de France.

Allisio est au coude-à-coude dans les sondages du premier tour avec le maire socialiste sortant Benoît Payan, offrant au RN une chance, autrefois impensable, de prendre le pouvoir dans une grande ville française.

Dans un bureau de vote de Marseille, Serge, ouvrier dans le bâtiment, a déclaré n'être ni inquiet ni optimiste quant au RN.

« Ils ne sont pas pires que les autres. Àa ne changera rien. Rien ne change, et c'est bien là le problème », a confié cet homme de 61 ans, qui a refusé de donner son nom de famille, ajoutant que la sécurité est pour lui une priorité dans ce scrutin.

L'ACCENT SUR LA SÉCURITÉ

Les milliers de scrutins municipaux distincts se concentrent souvent sur des enjeux très locaux.

Cependant, les sondages d'opinion montrent que la sécurité est la principale priorité des électeurs, en phase avec l'accent mis par le RN sur l'ordre et la loi.

Parmi les grandes villes visées par le RN figure Toulon, dans le sud, avec 180 000 habitants. Il pourrait également l'emporter à Menton, ville de la Riviera où Louis Sarkozy, fils de l'ancien président Nicolas Sarkozy, est candidat soutenu par des partis centristes.

Les préoccupations sécuritaires ont motivé Madani Sadaoui, un retraité de 70 ans, à voter pour la candidate de droite Rachida Dati à la mairie de Paris.

« La droite est pour la sécurité, et il n'y a de sécurité nulle part en France », a-t-il déclaré depuis un bureau de vote du dixième arrondissement de Paris.

ALLIANCES PARTISANES

Une question clé est de savoir quelles alliances le RN conclura avec d'autres partis entre les deux tours et si cette élection brisera des décennies de tradition de mise au ban de l'extrême droite.

La gauche avait obtenu de bons résultats dans toute la France lors des dernières municipales en 2020. Elle est aujourd'hui affaiblie au niveau national. Sa capacité à conserver Paris, ainsi que certaines villes remportées la dernière fois, comme Nantes pour les socialistes ou Lyon et Strasbourg pour les Verts, sera suivie de près.

Une autre interrogation majeure réside dans d'éventuelles alliances entre les deux tours entre les partis de gauche traditionnelle et La France Insoumise (LFI).

Maxim Loh, 26 ans, résident parisien, a voté pour le candidat socialiste Emmanuel Grégoire et non pour LFI, car il souhaitait éviter une triangulaire au second tour.

« J'ai choisi la continuité, je circule à vélo et beaucoup d'espaces verts ont été aménagés », a-t-il précisé.

Un second tour de scrutin se tiendra dans toutes les villes où aucune liste ne remporte plus de 50 % des voix.

L'enjeu est de taille avant l'élection présidentielle d'avril 2027.

« Les gens veulent tourner la page et ils veulent la tourner avec nous », a déclaré à Reuters le maire RN de Perpignan, Louis Aliot.