Les États membres de l'Union européenne cherchent à repousser d'une année supplémentaire l'entrée en vigueur de la législation anti-déforestation du bloc, selon un projet de négociation de l'UE daté du 10 novembre.

Le document, consulté mardi par Reuters, propose désormais de différer l'application de la loi au 30 décembre 2026 pour les grandes entreprises, et au 30 juin 2027 pour les plus petites.

Le mois dernier, la Commission européenne avait présenté des ajustements visant à faciliter la conformité pour les petits exploitants et les entreprises, sans toutefois aller jusqu'à reporter cette politique phare. Pour de nombreux États membres, « la proposition de la Commission seule n'était pas suffisante », indique le projet.

DES CRITIQUES ALERTENT SUR LES RECULS ENVIRONNEMENTAUX L'interdiction d'importer du cacao, de l'huile de palme et d'autres matières premières associées à la destruction des forêts constitue un pilier central de l'agenda vert de l'UE. Cette mesure fait face à l'opposition de certaines industries et de certains pays, qui jugent les exigences coûteuses et difficiles à mettre en oeuvre. Initialement prévue pour entrer en vigueur fin 2024, la politique a déjà été repoussée d'un an, mais les tensions persistent, notamment avec des plaintes de partenaires commerciaux comme le Brésil et les États-Unis.

Des pays de l'UE tels que la Pologne et l'Autriche estiment que les producteurs européens ne peuvent pas se conformer aux règles de traçabilité. Antonie Fountain, directeur du réseau VOICE qui milite pour une réforme du secteur du cacao, affirme que ce report complique les affaires dans le bloc et porte atteinte à la crédibilité de l'UE. « Durant la semaine de la COP au Brésil, l'ironie est totale », a-t-il ajouté. Certains grands groupes alimentaires tels que Nestlé, Ferrero et Olam Agri soutiennent la loi. Ils ont averti le mois dernier qu'un report mettrait en danger les forêts du monde entier et irait à l'encontre de l'objectif de l'UE de simplifier les règles pour les entreprises. Nicole Polsterer, de l'ONG Fern, estime que ce retard freinerait les avancées significatives déjà réalisées en matière de traçabilité dans certains pays.

NÉGOCIATIONS FINALES EN COURS Selon la loi, les exportateurs de produits tels que le boeuf, le café, le soja et le caoutchouc devront fournir des déclarations de diligence raisonnable prouvant que leurs marchandises n'ont pas contribué à la destruction des forêts. Les pays de l'UE et le Parlement européen s'efforcent de parvenir à un accord définitif sur les modifications d'ici la mi-décembre afin d'éviter que la loi n'entre en vigueur dans sa forme actuelle.

Le Danemark, qui assure la présidence tournante de l'UE, est à l'origine du document de négociation. Un porte-parole danois a déclaré que l'objectif était d'obtenir rapidement le soutien des États membres afin de pouvoir négocier un accord final dans les délais.

« La plupart des États membres ne souhaitent pas que (la loi) entre en vigueur sous sa forme actuelle d'ici la fin de l'année », ont-ils déclaré.