“La nécessité de relever les taux dépendra fortement de la durée, encore imprévisible, du conflit”, explique Stephanie Schoenwald, experte de la KfW. L'Iran a déclaré la fermeture du détroit d'Hormuz, un passage maritime stratégique considéré comme un goulot d'étranglement du commerce international du pétrole. La crainte de ruptures d'approvisionnement depuis les pays producteurs du Proche-Orient a fait bondir le baril de Brent jusqu'à 85,12 dollars, soit une hausse de 9,5 %. Les contrats à terme sur le pétrole brut montrent que les acteurs du marché tablent sur une accalmie des prix d'ici la fin de l'année, explique Vincent Stamer, expert de la Commerzbank : “Notre scénario de base prévoit également que le conflit ne s'étendra pas sur de nombreux mois. Dans cette hypothèse, l'inflation dans la zone euro devrait donc atteindre environ 2,4 % au deuxième trimestre.” En revanche, si le conflit s'aggrave et que le prix du pétrole se maintient durablement à 100 dollars, l'inflation pourrait rester à 3 % pour le reste de l'année.
PLAIDOYER POUR LA FLEXIBILITÉ
La BCE doit de nouveau statuer sur son taux directeur le 19 mars. Elle vise un taux d'inflation de 2,0 %, considéré comme optimal pour l'économie de la zone euro. Malgré la récente hausse des prix de l'énergie, le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, estime que les gardiens de la monnaie ne sont pas sous pression. “Ce serait une erreur de prédire aujourd'hui de façon prématurée une éventuelle évolution des taux, et je rappelle que nous ne prenons pas nos décisions uniquement sur la base des prix de l'énergie à un instant donné”, a-t-il déclaré devant des journalistes. Le gouverneur de la Banque de Grèce, Yannis Stournaras, a plaidé pour une flexibilité monétaire face à l'incertitude liée à la situation au Proche-Orient : “Si les négociations commencent demain, il y aura une désescalade”, a-t-il déclaré lors d'un entretien téléphonique. “Si elles se prolongent, la pression inflationniste augmentera. Je n'exclus aucune des deux options.”
Daniel Hartmann, chef économiste de Bantleon AG, n'anticipe toutefois pas de hausse des taux : “Pour une banque centrale, il n'est pas logique de resserrer la politique monétaire face à un choc d'offre qui, par la suite, pèserait aussi sur la conjoncture.” Pour lutter contre l'inflation élevée, les gardiens de la monnaie avaient lancé une série de hausses de taux, culminant en septembre 2023 à un niveau record de 4,00 % pour le taux de dépôt. La BCE a ensuite opéré un revirement face au ralentissement de la hausse des prix, abaissant ses taux à quatre reprises en 2024, puis à nouveau quatre fois en 2025, la dernière baisse ayant eu lieu en juin. Depuis, le taux directeur est resté inchangé à 2,00 %.
(Reportage de Reinhard Becker, Francesco Canepa, Inti Landauro, avec la collaboration de Rene Wagner et Stefanie Geiger, édité par Sabine Ehrhardt - Pour toute question, veuillez contacter notre rédaction à berlin.newsroom@thomsonreuters.com)


















