Emmanuel Viellard, quelles ont été les motivations et les conditions de sortie de la division médicale de Lisi ?
"Le besoin de taille critique est important dans cette activité. Nous avons essayé de lui apporter pendant un certain nombre d’années, mais nous nous sommes rendu compte que les sociétés du secteur passaient d’un fonds d’investissement à l’autre, moyennant des valorisations trop élevées selon nous. Sur la base de ce constat, nous avons accepté l’offre du fonds américain SK Capital qui se traduira par une sortie progressive, sur 5 à 7 ans, sous forme de compléments de prix et de cession, à terme, de notre participation à hauteur de 10% dans la nouvelle structure créée. Au global, le groupe Lisi aura été largement gagnant dans le secteur médical avec une valeur de sortie supérieure à 300 M€ soit plus de 10x l’ebitda de la division. Désendetté, Lisi va pouvoir continuer de surfer sur la croissance de l’aéronautique et saisir des opportunités, le moment venu, dans l’automobile."

Tendances d’activité à fin septembre 2025 (source : Lisi, présentation du T3 2025)
Lors de notre dernier entretien, il y a quatre ans, vous évoquiez un retour au niveau d’activité record de 2019 en 2025. Vous avez dépassé cet objectif dès 2024. Comment l’expliquez-vous sachant que le marché automobile est resté très défavorable ?
"Il faut y voir le résultat de notre stratégie gagnante : privilégier une vision long-terme et nous positionner de manière agile sur les marchés en expansion, nous concentrer sur les produits à forte valeur ajoutée en nous différenciant par l’excellence opérationnelle et les innovations. Cela s’est traduit par une poursuite des investissements au cœur de la crise de l’aéronautique qui nous a permis, en sortie de crise, de monter en capacités de production tout en garantissant une bonne qualité. Ainsi, nous avons pu gagner des parts de marchés auprès de tous nos clients, dans toutes les zones géographiques. Dans l’automobile, nous nous attendions à une conjoncture encore moins favorable, ce qui nous a permis d’adapter notre point mort et de délivrer aujourd’hui une marge d’Ebidta de 12%, un niveau plutôt bon dans le secteur."

Familles de produits emblématiques de Lisi dans l’aéronautique (source : société)
Pour ce qui est de la marge, vous espériez dépasser les 10% en 2025 à l’époque. Est-ce encore envisageable ? Quid du free-cash-flow positif, indicateur financier clé chez LISI ?
"Nous ne serons pas loin des 10% de marge opérationnelle cette année, mais il faudra plutôt attendre 2026 pour atteindre, voire dépasser, ce niveau. Le free cash-flow sera positif en 2025, comme nous nous y employons tous les ans. Il s’agit de notre indicateur financier privilégié."
Dans l’aéronautique, quelle est la part des contrats dans la défense ? Sont-ils mieux margés ?
"Nous réalisons 120 à 130 M€ de CA sur les produits de défense (programmes Rafale, A400M, missiles, composants primaires..). Le niveau de marge dans la défense est plutôt supérieur en effet."
Dans l’automobile, le retour à la croissance au T3 est-il le signe d’une reprise durable ? La marge opérationnelle de l’automobile sera-t-elle structurellement inférieure à celle de l’aéronautique ?
"Il ne faut pas extrapoler ce retour à la croissance organique dans l’automobile : le secteur va encore connaitre une année 2026 difficile. Nous avons clairement fait le choix de l’électromobilité, cherchant systématiquement à privilégier la valeur ajoutée et la sécurité de nos produits aux volumes, mais nous avons du mal à y voir clair sur l’avenir du secteur (technologies et plateformes gagnantes). Nous nous tenons prêts à saisir les opportunités de consolidation qui finiront par se présenter quand l’horizon s’éclaircira. En attendant, compte tenu de la conjoncture, nous sommes satisfaits de notre niveau de marge opérationnelle, de l’ordre de 5%, et de notre niveau de retour sur capitaux investis, de l’ordre de 7/8% après impôt. Et nous travaillons à l’amélioration de notre dispositif industriel pour accompagner les migrations, à l’instar de notre reprise d’actifs en Hongrie."
Vous semblez davantage serein que d’habitude. Quel est le principal défi du groupe aujourd’hui ?
"Délivrer les volumes tout en garantissant la qualité à nos clients de l’aéronautique afin de gagner des parts de marché et de valoriser notre position stratégique. Cela nécessite des investissements, des recrutements et de la formation. Nos capacités de production tournent en 5x8 sur les postes les plus critiques afin d’honorer un carnet de commandes de 15% supérieur à notre activité compte tenu des besoins de remplacement dans les vingt prochaines années d’une flotte d’avions qui tourne à plein, sans compter son élargissement structurel et les nouveaux besoins dans la défense."



















