Michelin prépare le terrain, en prévenant que son résultat d'exploitation pourrait être entre un quart et un cinquième inférieur au niveau initialement attendu ; et que son cash-flow libre oscillerait entre 1,5 et 1,8 milliard d'euros, c'est-à-dire plus ou moins dans la norme, sans doute grâce à une nette diminution du besoin en fonds de roulement qui traduit la forte baisse d'activité.

Au contraire de chez Publicis, mais comme chez SEB, c'est la conjoncture sur le marché américain qui pèse le plus sur l'activité du groupe cette année. Voir à ce sujet Publicis récolte les fruits de sa stratégie et SEB : Un aristocrate du dividende (trop ?) sévèrement sanctionné en bourse.

Malgré le boom sans précédent du secteur de la technologie et les rodomontades de Donald Trump, tout n'est pas rose dans l'économie américaine, en particulier dans les secteurs industriels - et par extension dans le secteur du transport routier.

Déjà l'an dernier, nous soulignions que cette dynamique au niveau des cash flows de Michelin annonçait possiblement des lendemains préoccupants. Voir à ce sujet Michelin : De bons résultats mais des questions en suspens

La valorisation a dévissé d'un bon quart depuis, tandis que le cours du titre - à l'instar du profit d'exploitation - revient vers le niveau qu'il occupait en 2017. En parallèle, la dette nette a plus que quadruplé sur la période, notamment suite à une série d'acquisitions.

S'il est difficile de dire du mal de Michelin, admirablement géré, le groupe évolue dans un cycle de taux désormais plus exigeant, sur un secteur hyper-capitalistique et hyper-concurrentiel dont le corollaire, forcément, sont des retours sur capitaux employés structurellement limités ; ceci inclut la création de valeur sur les acquisitions, pour l'instant limitée, voire nulle.

La valorisation du leader mondial des pneumatiques revient donc doucement flirter avec son seuil historique d'une fois les capitaux propres. Elle n'a jamais enfoncé ce plancher, sauf l'espace de quelques semaines en 2009, en pleine apocalypse financière pendant la crise des subprimes.

Michelin initiait l'an dernier - à raison - un programme de rachats d'actions, tandis qu'il continue de distribuer un dividende parfaitement bien couvert par le cash-flow. À ce titre, plus d'un investisseur pourrait estimer la situation tout à fait digne d'intérêt.