Les dépenses publiques du gouvernement japonais en faveur du sport atteignent des sommets inédits ces dernières années, un vent porteur qui bénéficie directement aux équipementiers sportifs nationaux.

L'Agence japonaise du sport a engagé 8,2 milliards de yens (JPY) en financements supplémentaires pour l'exercice fiscal (FY) 2025 et 5,7 milliards de JPY dans sa proposition de budget pour l'exercice 2026, soit un total de 13,9 milliards de JPY destinés à la réforme des activités de clubs communautaires à l'échelle nationale. Cette initiative incite les jeunes athlètes à quitter les clubs scolaires encadrés par des enseignants pour rejoindre des programmes gérés par la communauté, ce qui se traduit par une hausse du nombre de pratiquants achetant leur propre équipement via les réseaux de distribution spécialisés.

Parallèlement, le gouverneur d'Aichi, Hideaki Omura, a confirmé que les coûts d'organisation des Jeux asiatiques de septembre 2026 atteindraient la fourchette haute de 300 milliards de JPY, soit le triple de l'estimation initiale comprise entre 105 et 108 milliards de JPY.

Mizuno, fabricant basé à Osaka spécialisé dans les chaussures, les vêtements et l'équipement pour le baseball, le golf, le football et le running, se trouve au confluent de ces deux dynamiques.

L'entreprise opère à travers quatre segments géographiques : Japon, Amériques, EMEA (Europe, Moyen-Orient et Afrique) et Asie/Océanie. Son siège social étant situé dans la région hôte des Jeux asiatiques, son pivot délibéré vers les canaux de vente directe au consommateur (DTC) la positionne idéalement pour capter une part disproportionnée de la demande intérieure au moment même où les dépenses publiques atteignent leur apogée.

Une croissance soutenue

À première vue, les résultats de Mizuno pour l'exercice 2025 sont solides, mais le détail mérite attention. Le chiffre d'affaires s'est établi à 259 milliards de JPY, en hausse de 7,8 % sur un an par rapport aux 240,3 milliards de JPY précédents. Cette croissance est généralisée, portée par le golf, le football et les chaussures de style sportif (« sportstyle »). Toutefois, le changement majeur réside dans le mix de distribution : l'augmentation des ventes en DTC a renforcé le pouvoir de fixation des prix (« pricing power ») plutôt que de simplement gonfler les volumes.

Le bénéfice d'exploitation a progressé de 8,8 % sur un an pour atteindre 22,6 milliards de JPY, contre 20,8 milliards l'an dernier. Cette progression n'est que légèrement supérieure à celle des ventes, ce qui indique que l'inflation des coûts persiste : les frais de vente, généraux et administratifs (SG&A) ont augmenté de plus de 10 % sur un an, érodant les bénéfices liés à l'amélioration des marges brutes. La marge d'exploitation n'a quasiment pas évolué (8,7 % contre 8,6 %), signe qu'il ne s'agit pas d'une restructuration profonde de la structure de coûts.

Le bénéfice net a grimpé à 18,4 milliards de JPY, soit une hausse de 20,6 % par rapport aux 15,2 milliards de JPY de l'exercice précédent. Ce bond significatif s'explique par un meilleur mix produit et des gains de marge portés par le DTC, plutôt que par un contrôle rigoureux des coûts.

Une conviction limitée du marché

L'action Mizuno a réalisé un beau parcours, progressant de 31,4 % au cours des 12 derniers mois, mais elle reste nettement en deçà de son plus haut sur 52 semaines à 4 385 JPY. À 3 425 JPY, le titre se situe environ 20 % sous ce sommet, suggérant que le marché a déjà tempéré ses ardeurs après avoir intégré la dynamique des bénéfices de l'an dernier.

Le titre se négocie à 14,1 fois les bénéfices prévisionnels pour l'exercice 2026, contre une moyenne sur trois ans de 10,8 fois. Cette prime manifeste indique que les attentes ont progressé plus rapidement que les fondamentaux de l'entreprise.

La confiance des analystes semble prudente plutôt qu'agressive. L'objectif de cours moyen de 4 235 JPY implique un potentiel de hausse de 24,4 %, mais seul un analyste sur deux recommande l'achat. Si le potentiel de valorisation existe sur le papier, tous les investisseurs ne sont pas prêts à s'y engager pleinement.

Points de vigilance

Si Mizuno présente un profil séduisant en surface, certains points de vigilance demeurent. La croissance des bénéfices repose davantage sur le mix produit que sur des réductions de coûts structurelles, tandis que les dépenses continuent de dériver. Le vent porteur lié aux politiques publiques et aux événements sportifs ne sera pas éternel ; une fois cet effet dissipé, l'entreprise devra prouver sa résilience intrinsèque. Si les marges ne s'améliorent pas de manière significative, le marché pourrait commencer à remettre en question la prime de valorisation actuellement accordée au titre.