Les perspectives de croissance ont été singulièrement revues à la baisse par les analystes, saturation du marché des processeurs graphiques et effet d'engorgement autour de la construction de nouveaux data centers obligent.
À cet égard, le concepteur de puces dirigé par Jensen Huang retombe sur un multiple de vingt fois son bénéfice attendu pour l'exercice en cours, c’est-à-dire un niveau qu'il n'avait plus connu depuis janvier 2019 et le début de sa folle ascension boursière.
L'autre surprise est l'annonce faite hier de lever 20 milliards de dette obligataire à très bas coût - c'est-à-dire avec une infime prime de risque sur le taux à dix ans - assortie d'un calendrier d'échéances ventilé jusqu'en 2056.
Pour les investisseurs institutionnels et les fonds de pension, ceci permet d'obtenir des rendements comparables aux taux longs sans s'exposer au risque d'irresponsabilité fiscale du Trésor américain. Sans surprise, la demande a donc été très forte, et l'émission sursouscrite par un multiple de quatre.
Bien sûr, l'affaire pouvait faire hausser quelques sourcils. Que Google ou Meta viennent solliciter les marchés de capitaux parce que leurs cash flows libres se sont subitement asséchés suite à des programmes d'investissement records dans leurs capacités de calcul est une chose.
Mais que Nvidia semble faire de même alors qu’en théorie il n'en a guère besoin - c'est un vendeur de pelles et de pioches qui porte à son bilan 80 milliards de dollars de trésorerie en excédent, et réalisait sur le premier semestre de l'année 46 milliards de dollars de cash flow libre - était inattendu.
Avec une telle capitalisation, et dans un contexte de marché décidément extrêmement favorable - en témoignait encore hier l'enthousiasme autour de l'introduction en bourse de SpaceX - Nvidia estime sans doute à raison qu'il est opportun de gonfler encore ce trésor de guerre avec du capital supplémentaire à bas coût.
D'autant que le groupe, on le sait, a prévu un gigantesque programme de rachats d'actions sur l'exercice fiscal en cours, avec une autorisation de près de 120 milliards de dollars qui sera sans doute entièrement consommée si la valorisation de son titre continue de baisser.
Il est remarquable d'observer que les grands noms de la technologie américaine sont tous engagés dans une course aux armements et de vastes programmes d'expansion ; alors que Nvidia, au contraire, prévoit de se cannibaliser avec une intensité inédite dans l'histoire des sociétés cotées.





















