La Direction générale du Trésor a cartographié les 6 600 milliards d’euros de patrimoine financier des ménages français.

En France, le taux d'épargne des ménages, hors années Covid, a atteint son plus haut niveau depuis 46 ans, à 18,7%. En d'autres termes, les Français mettent 18,7% de leur revenu disponible (après transferts sociaux et impôts), sur un compte épargne. Un niveau pas observé depuis 1979.

Banque de France
Le patrimoine des ménages repose sur deux piliers : l’immobilier, majoritaire et tangible, et le patrimoine financier, qui représente environ 40 % de l’ensemble. Ce second pilier est plus abstrait : il regroupe l’argent placé à la banque, dans l’assurance-vie, sur les marchés financiers ou dans des entreprises. Il reflète une constante culturelle : les Français privilégient la sécurité du capital et la liquidité, bien plus que le rendement à tout prix. D’un côté, des placements garantis, accessibles à tout moment ; de l’autre, des investissements plus risqués ou de long terme, qui acceptent la volatilité pour espérer un gain supérieur.
La cartographie de l’épargne financière
Première grande catégorie : les dépôts bancaires et les livrets d’épargne. Comptes courants, livrets réglementés (Livret A, LDDS, LEP…) forment le socle le plus sûr. Fin 2025, ils totalisent environ 2 127 MrdsEUR, soit près de 40 % des dépôts bancaires. Leur atout est simple : capital garanti, disponibilité immédiate. Leur rendement, en revanche, reste modeste.
Vient ensuite l’assurance-vie en euros, véritable colonne vertébrale de l’épargne française. Avec 2 246 MrdsEUR d’encours, elle concentre une part massive du patrimoine financier. Les fonds en euros investissent majoritairement en obligations et offrent une garantie du capital, assortie d’un rendement régulier. Ce compromis entre sécurité et performance explique leur succès durable.
Les actions cotées arrivent loin derrière. Détenues directement via un PEA ou un compte-titres, ou indirectement via des fonds, elles représentaient environ 310 MrdsEUR en détention directe fin 2025. Leur volatilité rebute encore une large partie des ménages, malgré leur rôle central dans le financement des entreprises.
À côté, les actions non cotées et autres participations pèsent lourd : 913 MrdsEUR pour les titres non cotés et 519 milliards pour les autres participations. Ce patrimoine est très hétérogène : il englobe aussi bien la petite entreprise familiale que les grands groupes détenus hors Bourse. Il est souvent lié au patrimoine professionnel des chefs d’entreprise.
Les obligations et titres de créance constituent une autre brique. Les ménages en détiennent directement 54 MrdsEUR, mais leur exposition réelle est bien plus large via les banques et les assurances. Environ un euro sur dix de l’épargne financière des ménages finance aujourd’hui la dette publique, majoritairement française.
Enfin, les fonds d’investissement (OPC, SICAV, FCP) jouent un rôle central : plus de 1 100 MrdsEUR de l’épargne des ménages transitent par ces véhicules collectifs. Fonds actions, obligataires, infrastructures ou monétaires : ils mutualisent les risques et permettent d’investir indirectement dans l’économie réelle.
Au total, le patrimoine financier français se répartit presque par tiers entre dépôts bancaires, assurance-vie et titres financiers. Près de deux tiers de l’épargne restent placés dans des produits à capital garanti, illustrant une préférence marquée pour la prudence.

De l’épargne à l’économie réelle
Contrairement à une idée répandue, l’épargne ne “dort” pas. Elle transite par des intermédiaires financiers qui la transforment en crédits et en investissements productifs.
Les banques, d’abord, réutilisent les dépôts pour accorder des prêts aux ménages et aux entreprises ou acheter des obligations. En moyenne, 60% de leurs actifs sont consacrés aux prêts, 12% aux obligations et 5% aux actions. Surtout, 75% de ces engagements financent l’économie française, et 85 % la zone euro : l’épargne reste largement domestique.
Les compagnies d’assurance jouent un rôle tout aussi structurant. Elles investissent principalement en titres de créance (51% de leurs actifs) et en parts de fonds (34%). Les assureurs français détiennent ainsi près d’un tiers de la dette publique nationale et financent massivement les entreprises via les marchés. Environ 43% de leurs portefeuilles sont investis en France.
Les organismes de placement collectif, eux, mettent en commun l’épargne pour l’orienter vers les marchés. Un fonds actions ou infrastructure finance directement entreprises, projets énergétiques ou équipements publics. Les fonds monétaires, plus prudents, se concentrent sur le très court terme.
Un cas à part mérite d’être souligné : Caisse des Dépôts. Une partie de l’épargne réglementée (Livret A, LDD, LEP) est centralisée via le Fonds d’épargne, qui gérait 399 MrdsEUR fin 2025. Une part significative de vos livrets sert directement des projets d’intérêt général (logement social, infrastructures locales, etc.), avec des prêts pouvant aller jusqu’à 80 ans d’échéance. Le solde du Fonds est investi (44 % en obligations, 4 % en actions, etc.) principalement en Europe (88 % zone euro, 70 % France).
Que finance concrètement 10 EUR d’épargne ?
Pour rendre visible ce mécanisme, le Trésor propose un exercice de “mise en transparence”. Sur 10 EUR de patrimoine financier :
- 4 EUR financent les fonds propres des entreprises (actions, participations), dont la moitié liée au patrimoine professionnel.
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3 EUR sont prêtés via des obligations, dont environ 1 EUR à la dette publique.
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2 EUR financent des crédits bancaires (immobilier, entreprises, consommation).
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Le dernier euro se répartit entre postes techniques et placements marginaux.
Autrement dit, épargner, c’est toujours prêter : à l’État, aux entreprises, aux ménages. Loin du matelas, l’argent circule.
Une structure stable, des évolutions lentes
Depuis 2019, quelques inflexions apparaissent : plus de livrets et de comptes à terme, davantage d’unités de compte en assurance-vie. Résultat : la part de l’épargne finançant directement les entreprises est passée de 36% à 40% entre 2019 et mi-2025. Mais le mouvement reste graduel. Les flux d’épargne sont faibles au regard des encours colossaux, et les intermédiaires réallouent sans bouleverser l’architecture globale.




















