Genève (awp) - Le conflit au Moyen-Orient et la pression exercée sur le franc incitent la Banque nationale suisse (BNS) à la vigilance, sans toutefois la convaincre à recourir aux taux négatifs. Les prévisions d'inflation sont relevées à court terme, en raison de l'envol des prix de l'énergie.

Pour la troisième fois consécutive, la banque centrale helvétique a laissé jeudi son taux directeur à 0,00%, comme attendu par l'écrasante majorité des économistes interrogés par AWP.

L'évolution de la guerre au Moyen-Orient et son impact sur le franc - valeur refuge en période d'incertitudes - sont surveillés comme le lait sur le feu par l'institut d'émission. "Nous sommes davantage disposés à intervenir sur le marché des changes pour contrer une appréciation rapide et excessive du franc qui menacerait la stabilité des prix en Suisse", a expliqué le président du directoire Martin Schlegel, dans son traditionnel discours accompagnant les décisions de politique monétaire.

Katja Müller, économiste chez LBBW Research, y perçoit un signal clair adressé aux marchés financiers: l'institut n'hésitera pas une seconde à affaiblir le franc si nécessaire. Pour Karsten Junius, économiste chez J Safra Sarasin, la BNS n'a d'ailleurs pas attendu la publication du jour pour intervenir de manière ferme sur le marché des changes et contrer l'appréciation de la devise helvétique.

Plus d'inflation à court terme

Les perspectives en termes d'inflation ont constitué le véritable point d'intérêt de la copie trimestrielle rendue par la BNS. A brève échéance, les anticipations sont revues à la hausse, sur fond d'envol des prix des hydrocarbures en raison du conflit au Moyen-Orient. La prévision d'inflation pour 2026 passe ainsi de 0,3% jusqu'ici à 0,5%.

"Avec la hausse des prix de l'énergie due à l'escalade au Moyen-Orient, l'inflation devrait augmenter de façon plus marquée au cours des prochains trimestres", a expliqué M Schlegel. La situation reste sous contrôle, puisque l'inflation "se situe dans la plage de stabilité des prix" et que l'impact du conflit devrait être temporaire. La BNS table ainsi sur un reflux du renchérissement l'année prochaine à 0,5%, contre 0,6% précédemment. La première estimation pour 2028 s'établit à 0,6%.

La force de la devise helvétique reste donc l'une des principales préoccupations de la BNS. "La valeur du franc pondérée par le commerce extérieur s'est (...) accrue d'environ 2,5% depuis la mi-décembre", a souligné Martin Schlegel. Cette appréciation a entraîné un "resserrement des conditions monétaires" qui "réduit l'inflation importée et ralentit la croissance".

Dans le sillage des annonces de la BNS, le franc se relâchait face à l'euro et au dollar. Vers midi, il s'échangeait contre 0,7955 dollar et 0,9127 euro.

Peu d'impact sur la croissance

Le conflit au Moyen-Orient génère des risques importants sur les perspectives pour l'économie mondiale, susceptible de venir perturber le scénario de base du garant de la stabilité des prix en Suisse. "Les prix de l'énergie pourraient ainsi augmenter davantage que prévu dans le scénario de base, ce qui provoquerait une hausse marquée de l'inflation et freinerait sensiblement la croissance," a souligné le vice-président Antoine Martin dans son discours.

Malgré ce contexte incertain, la BNS a maintenu une projection de croissance en Suisse autour de 1% sur l'année en cours et a formulé une première estimation à 1,5% pour la suivante.

fr/rr